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Sacha Lakic

  • L'art du mouvement

10.2014

Véritable électron libre, ce designer de réputation internationale multiplie les collaborations.

 

 

LE DESIGN EN HÉRITAGE
J’ai l’impression d’avoir toujours eu envie de faire ce métier. Peut-être parce que j’ai grandi dans l’univers de la mode. Mon père était styliste et son métier était de faire ce que je fais moi aujourd’hui: dessin, prototypage, ajustement… Cela m’a aidé car il m’a appris – ou naturellement légué – une sensibilité au style et les bases de l’esthétique, les proportions, les combinaisons de couleur. Parallèlement, comme tous les garçons, j’étais fasciné par les motos et les voitures. Il a fallu faire un choix. Comme mon père m’a découragé de faire son métier, je me suis donc orienté vers mon autre passion.

 

TOUCHE-À-TOUT
Ma spécialité, c’est de ne pas en avoir ! Automobile, moto, mobilier, montre, art de la table ou accessoire high-tech, je ne me pose jamais de question, car c’est avant tout une histoire de rencontre. Par exemple, je n’ai pas cherché à créer des meubles. J’ai croisé un jour François Roche, de Roche Bobois, qui était intimement convaincu que j’étais capable de travailler sur des projets extraordinaires. Il lisait en moi des choses que je ne voyais pas moi-même. Cela vous donne envie de faire confiance à cette personne et de ne pas la décevoir. C’est ce qui s’est passé avec Gildo Pallanca-Pastor, le propriétaire de Venturi Automobiles et Voxan. Il connaissait les scooters et les vélos que j’avais conçus pour MBK et mon parcours automobile, notamment au bureau de style de Peugeot. Il m’a proposé en 2001 de dessiner la première Venturi. J’ai sauté au plafond ! Depuis, notre collaboration dure toujours.

 

DYNAMIQUE IMMOBILE
Ma passion pour l’automobile, la vitesse et la technologie a transpiré dans les autres domaines. Tout d’abord je ne vois pas l’intérêt de dessiner un meuble si je n’apporte pas quelque chose de nouveau. On n’a vraiment pas besoin de moi pour ça. J’aime traiter l’objet à la manière d’un photographe qui shoote un athlète en mouvement. C’est une image qui est figée, certes, mais on sent clairement dans la photo l’effort et le geste dynamique. Pour les meubles que je crée c’est la même démarche. J’essaie de donner une âme en créant une idée de mouvement quelque part. Soit ils sont un peu en équilibre, soit il y a des choses asymétriques. C’est ma manière d’amener une touche de poésie.

 

ANTI-TENDANCE
Le mot tendance me hérisse les poils. Je préfère être à côté, au-dessus ou encore devant. En somme, être alternatif et proposer des objets faits avec le coeur et qui ne ressemblent à rien d’autre. Puis le terme de « tendance » renvoie automatiquement à la notion d’éphémère. Et ce n’est pas ma vision du design. Il faut que l’objet dure. Et pour ça il doit non seulement ne pas décevoir de par sa qualité, sa conception et sa fonctionnalité, mais aussi permettre à l’utilisateur de se l’approprier. Pour Roche Bobois, par exemple, j’ai créé Speed Up, un buffet avec des motifs différents en façade. C’est un objet qui bouge et fait passer un message différent en fonction de sa position et de la lumière ambiante. Un peu à la manière d’un photographe, vous pouvez régler l’angle d’arrivée de la lumière et donc la force de l’animation qui est en façade. C’est presque à vous de finir le travail ! Et ce travail n’est jamais fini. On ne s’en lasse pas. Et si c’est le cas, ce n’est pas le genre de pièce que l’on jette. On la revend ou on la transmet à ses enfants. C’est ma façon à moi de concevoir des produits écoresponsables.

 

WATTMAN, UNE MOTO 2.0
Concevoir la moto électrique Wattman pour Voxan était un sacré challenge. J’avoue ne pas en avoir dormi plusieurs nuits ! C’est un projet très particulier par rapport à l’automobile. Une voiture, on peut la définir comme une maison, avec un intérieur, un extérieur et, entre les deux, des éléments que l’on n’a pas forcément envie de montrer. Avec une moto, on ne peut pas tricher, tout ce que l’on voit est à la fois des éléments vitaux et des éléments de style. De plus, l’idée était de relancer la marque en prouvant qu’une moto électrique pouvait être un produit sexy, intrigant, presque mystérieux qui respire la technicité comme la puissance. Et quand on regarde Wattman, c’est ce qu’on lit, une vraie machine à sensation. C’est peut-être un produit d’avant-garde réservé aux geeks, mais quand nous l’avons présenté à Paris au salon de la Moto en décembre 2013, même les passionnés purs et durs de Harley, avec badges et vestes à franges, sont venus nous féliciter !

 


Par Alexandre Benoist