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L’attrait de la villa individuelle luxueuse n’est pas un phénomène récent puisqu’il date du début du XIXe siècle. Réservé alors aux capitaines d’industrie ou aux stars, comment ce marché se caractérise-t-il aujourd’hui ?

Le Bateau Ivre (Villas Concept, Jacques Patingre) est le résultat de solutions architecturales et techniques choisies en intégrant les attentes de ses propriétaires.
L’engouement n’a pas toujours existé, précise l’architecte Jacques Patingre (Villas La Provençale, Villas concept). Il a fallu que bon nombre de pionniers et de courants ouvrent la voie (le mouvement moderne dans les années 1930 à 1950, avec la villa Savoye de Le Corbusier ou les architectes du Bauhaus) pour arriver à une démocratisation de l’alternative architecturale ». La villa de luxe nécessite un environnement à la hauteur du challenge. Compte tenu de la pression immobilière sur la région et de la rareté des (beaux) terrains disponibles, ce type de construction se niche dans certaines zones bien répertoriées. Outre la Côte d’Azur, les Bouches-du-Rhône (où le marché est assez cantonné) offrent quelques opportunités à Cassis, Eygalières, dans la vallée des Baux… C’est le prix du terrain qui s’avère désormais déterminant. En imposant de nouvelles contraintes réglementaires dans les années 2000 (loi SRU, PLU et PLUI…), la législation a provoqué une augmentation considérable de celui-ci. La villa, initialement produit de primo-accédant, est devenue un produit de secundo-accédant.

Vue intérieure du Bateau Ivre.
Un nouveau marché
Jacques Patingre illustre parfaitement cette tendance par une métaphore : « On peut faire un parallèle avec la voiture. Le nombre de propriétaires d’Aston Martin, de Ferrari ou de Lamborghini se raréfie alors que celui d’Audi, de Mercedes, de BMW ou de Range Rover va croissant ». C’est cette catégorie CSP +++ que l’on retrouve non pas sur le marché de la maison de luxe, mais plutôt sur celui de la maison haut de gamme, souvent contemporaine.
Les architectes et les constructeurs se sont structurés pour répondre à ce nouveau type de clientèle. Un marché en a alors supplanté un autre, pas dans la même quantité, mais avec un chiffre d’affaires équivalent. Si la villa de luxe, avec la signature d’un grand nom de l’architecture, des matériaux hors du commun et des prestations haut de gamme, se raréfie, la villa de (grand) standing a aujourd’hui le vent en poupe.

Les Villas du Roy (A & A – Novelis) : une architecture aérienne à quelques minutes du cours Mirabeau.
L’embellie de 2020
Le promoteur Fabrice Alimi (Groupe A & A – Novelis) note même que l’année 2020, économiquement désastreuse à bien des égards, a provoqué une demande de villa de standing en forte croissance. La généralisation du télétravail a conduit nombre de Parisiens et de Lyonnais, en particulier, à venir s’installer dans une Provence que le TGV met à portée de leur lieu de travail. De plus, il s’agit souvent, pour eux, d’une opération rentable : les Parisiens peuvent acquérir une villa de grand standing dans la région aixoise pour la moitié du prix de vente de leur appartement de 150 m² dans la capitale (coté à plus de 10 000 euros le m².)

Les Villas du Roy : vue intérieure.
Une demande qui évolue
Sur un plan architectural, les réseaux de communication (émissions télévisées dédiées, chaînes thématiques sur le câble, sites web…) ont démocratisé l’image des villas contemporaines ou californiennes qui apparaissent comme une alternative à l’architecture régionale ou néorégionaliste. Pourtant, la Provence reste un territoire assez conservateur de son architecture vernaculaire et nombre de communes refusent ce type de villa. Mais il n’y a pas que l’architecture… Les propriétaires, séduits initialement par l’esthétique de la réalisation et la beauté du site environnant, souhaitent désormais des logements plus cosy, plus confortables, offrant des espaces qui permettent un mode de vie plus sain. Les projets intègrent souvent le nudge et/ou l’active design, de nouveaux concepts qui peuvent se révéler des axes d’inspiration et de raisonnement féconds, même si la question de leur pérennité peut se poser.
Par Maurice Gouiran

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