La Villa Arson, un labyrinthe de béton, de pierres et de plantes entremêlés, qui réunit une école, un centre d'art et une résidence d'artistes. © Jean-Christophe Lett

Villa Arson

Le « lézard au soleil » de Michel Marot

Chaque année, les prix du concours ArchiCOTE sont décernés sur ce campus artistique, déployé sur 19 000 m² et qui fête les cent ans de la naissance de son architecte.

« J’ai toujours adoré ce bâtiment parce que ce n’est pas une architecture démonstrative mais qui se découvre, qui raconte une histoire », lance Pierre-Olivier Fouqué, coprésident du SACA, syndicat des architectes qui coorganise le concours ArchiCOTE avec COTE Magazine. Impossible en effet quand on arrive devant les hauts murs de la bâtisse de deviner qu’elle cache un vaste labyrinthe de béton, de pierres et plantes entremêlées, où fourmillent une école d’art, un centre d’exposition et des résidences à vocation internationale. Inscrite aujourd’hui au titre des Monuments historiques et labellisée Architecture contemporaine remarquable, la Villa Arson célèbre en 2026 le centenaire de la naissance de son architecte Michel Marot (1926-2021).

De l’Equerre d’argent à la Villa d’artistes

Né à Troyes et diplômé des Beaux-Arts de Paris, il a obtenu une bourse pour aller étudier à Harvard auprès de l’éminent Walter Gropius. Premier Grand Prix de Rome en 1954, puis passé par la Villa Médicis à Rome, Marot avait reçu l’Équerre d’argent pour l’église Sainte-Agnès à Fontaine-les-Grès en 1963. « Lors du concours ArchiCOTE 2018, nous lui avions décerné le Prix spécial du jury pour l’ensemble de sa carrière, quelques années avant qu’il nous quitte. J’ai travaillé des décennies sur l’île de la Réunion, où il a eu un rôle essentiel en tant qu’urbaniste, et il avait aussi assisté André Minangoy pour la création de Marina Baie des Anges », ajoute Luc Svetchine, architecte membre du SACA. La Villa Arson sera l’un des exemples concrets de l’élan impulsé par André Malraux, qui voulait que l’art ne reste pas seulement dans la capitale et lança de grands projets d’infrastructures en province. Elle sera inaugurée en 1972.

Une hybridation contemporaine avec la nature

Venir sur place, c’est rencontrer une matière, une texture plus précisément, celle de murs de béton habillés de galets de plage. Marot disait que ces pierres apportaient une touche pointilliste à la façade, comme on regarderait un feuillage, et il a fusionné son projet avec la nature. On entre ici par la partie consacrée aux expositions et son hall en béton brut, avec une technicité de coffrage complexe et des failles de lumière, qui font vivre une expérience physique. On débouche sur une terrasse ouverte en jardin panoramique, et l’on s’aperçoit que les ateliers de l’école sont répartis en dessous, en ruelles intérieures avec patios. « Rien n’est montré au départ mais tout s’ouvre progressivement. Ce principe de compression puis d’ouverture, Le Corbusier le travaillait dans la mise en scène du paysage par l’architecture. Grâce à des jeux de masques, il en retardait la perception pour mieux en provoquer la découverte », précise Pierre-Olivier Fouqué. La Villa est donc venue s’enchâsser entre les grands spécimens de pins parasols et de cyprès, plantés à l’époque des Arson. Autour de leur bâtisse historique, datant du XVIIIe siècle, Marot a conçu des étagements en terrasses qui épousent la topographie de la colline, comme un jardin suspendu à l’italienne. Depuis ce promontoire, la vue sur Nice et la mer est époustouflante.

Et Pierre-Olivier Fouqué de conclure : « Il refusait l’étiquette d’architecture brutaliste, avec l’image d’Épinal d’un bâtiment aux proportions massives, car c’est plutôt ici une architecture nonchalante qui s’étale en autant de cheminements. Souhaitant faire disparaître la construction dans la végétation, il disait lui-même qu’il avait déployé ce projet comme un lézard au soleil. »

Michel Marot, l'architecte de ce labyrinthe de galets.
L’architecture de la Villa Arson bénéficie du label « Architecture contemporaine remarquable ».

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