Un + Un = Un

 

 

 
 PIERRE GILLE

40 ans – Autoportrait, (Pierre et Gilles), 2016. Photographie imprimée par jet d’encre sur toile et peinte. Pièce unique.
© Courtesy des artisteset de la Galerie Daniel Templon, Paris-Brussels

Pierre et Gilles célèbrent 40 ans de création et de vie commune. Après Bruxelles, la ville du Havre – dont Gilles est originaire – leur offre une vaste rétrospective*. En attendant l’hommage parisien, prévu en 2018.

 

Ils forment depuis quatre décennies l’un des couples emblématiques de l’art contemporain. Leur première rencontre remonte à septembre 1976, lors de la soirée d’ouverture de la toute première boutique Kenzo, place des Victoires. Les deux garçons se sont vus, se sont plu, puis sont repartis sur le même scooter… Depuis, Pierre et Gilles ne se sont plus quittés. Le 2 juin 2016, Kenzo Takada, 77 ans, recevait les insignes de chevalier de la Légion d’honneur. Les deux artistes étaient de la partie ! La boucle est bouclée. Nous la rouvrons pour vous le temps de cette rencontre, dans leur maison-atelier du Pré-Saint-Gervais – sorte de caverne d’Ali Baba – où le tandem est installé depuis 1990. Vu qu’ils s’expriment quasi à l’unisson, l’un finissant les phrases de l’autre, nous avons choisi de ne pas distinguer leurs réponses respectives.

 

Le couple « Notre couple, c’est d’abord une histoire d’amour. Enfants, nous ne concevions pas nos vies respectives sans un “double”, une âme sœur… Et cela nous est tombé du ciel ! Au départ, l’un était photographe de mode et l’autre (Gilles, N.D.L.R.) faisait des peintures, des collages. Nous nous aidions mutuellement, discutions beaucoup. Un jour, le travail s’est mélangé. Le duo artistique Pierre & Gilles est ainsi né naturellement, six mois après notre rencontre… »

 

Le style « Il est préférable d’essayer de ne pas en avoir ! Un style le devient parce qu’il est nouveau, unique. Il faut donc faire en sorte d’être le plus neutre possible, d’essayer de rester soi-même et le style viendra… ou pas ! Dans Les Grimaces, notre premier travail, en 1977, on peut déjà reconnaître notre “marque de fabrique”. Si notre œuvre a évolué progressivement, certains élé­ments sont permanents comme les mises en scène élaborées, l’iconisation de nos modèles, l’usage des arts populaires… Finalement, être toujours hors des modes nous a sans doute permis de nous distinguer à toutes les époques ! »

 

Le modèle « Tout notre travail – et notre vie – repose sur les rencontres. Star ou pas star, peu nous importe. Nous avons besoin d’être portés par nos modèles. Ils nous inspirent et entrent dans notre monde comme nous entrons dans le leur. Certains nous évoquent d’emblée une image, et parfois une idée d’image nous habite très longtemps avant de trouver le modèle qui peut l’incarner… Dans tous les cas, c’est un échange d’ordre sentimental, car tous nos modèles sont des gens que nous aimons et respectons. »

 

Le rituel « Le processus de création est le même depuis 40 ans. Dans la tra­dition des ateliers de peinture d’autrefois, nous faisons tout nous-mêmes. Chaque image a son histoire. On travaille à tâtons, on fait des dessins préa­lables, on construit le décor, prépare la lumière… L’un prend la photo, l’autre la peint. La dimension artisanale est fondamentale, jusque dans l’encadrement, nous créons une pièce unique. » Influences « Elles sont nombreuses, mais l’enfance reste la principale, car tout vient toujours de nos rêves d’enfants, non ? [rires] Nous étions très attirés par les images, les cartes postales des vedettes de cinéma, de la chanson, mais aussi les peintures, les images religieuses beaucoup, les marins – surtout pour Gilles (N.D.L.R.). On aimait les dessiner, les reproduire, les découper et les coller dans des albums. Ensuite, les voya­ges nous ont fortement influencés : l’Inde, Bollywood, le monde arabe, le cinéma asia­tique. Ce qui nous intéresse ? Les cultures du monde et surtout les différences ! »

 

Blasphème « Nos images “religieuses” peu­vent être certes belles, sensuelles, drô­les, mais elles ne sont jamais blasphé­­ma­toires ! Cer­taines de nos œu­vres ont même été exposées dans des églises qui peuvent abriter parfois des images très équivoques… Le sacré, c’est sacré pour nous ! »

 

Le kitsch « Disons que c’est un peu notre croix à porter depuis… quarante ans ! [rires] C’est dire à quel point ce terme ne veut rien dire. Ce qui peut l’être dans un pays, à un moment donné, ne le sera pas dans un autre. Idem pour telle ou telle personne… Rien n’est kitsch pour nous, nous assumons totalement aimer les arts populaires. Parler de kitsch à propos de notre travail n’apporte pas grand-chose à sa compréhension. Notre œuvre parle du bonheur mais aussi de la tristesse, de la souffrance. »

Plaisir « Celui que nous procure notre travail. Notre art s’est mélangé à notre vie au point d’en être son histoire. Nous avons puisé dans nos souvenirs, dans nos rêves et dans ce que nous avons vécu et vivons toujours ensemble. Pour nous, l’art est un plaisir, un besoin. C’est parfois difficile et douloureux, mais pour qu’il y ait plaisir, il faut que ça soit difficile ! Même si nous voyageons moins aujourd’hui et produisons moins d’images, nous travaillons beaucoup plus qu’avant. Plaisir et énergie intacts ! »

 

Par Mireille Sartore

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