Le destin hors du commun de Naestro
Certaines vies semblent écrites à contre-courant. Celle de Nabil Rachdi, aujourd’hui Naestro, en est l’incarnation brute.
Né à Martigues, élevé dans une famille stricte d’origine tunisienne, il grandit sous le signe de la discipline. Élève modèle, sportif prometteur en karaté, il frôle l’excellence. Mais à 15 ans, une agression gratuite fait tout basculer. Il abandonne le karaté pour la boxe, puis le MMA. Sa rage devient son moteur. Champion de France, puis d’Europe en 2007, il canalise sa violence sans jamais l’éteindre. Ironie du sort, lui qui rêvait de faire payer la note à son agresseur, il le recroise à la caisse d’un grand magasin. L’addition est sanglante. L’homme frappe comme dans la rue, Nabil répond comme sur un ring. Résultat : une comparution immédiate. Exempt de casier judiciaire et un parcours scolaire irréprochable, et 30 000€ d’amendes. Une année qui suffira à faire tout basculer. Ce n’est qu’en prison qu’il apprend que l’homme dont il s’est vengé est à la tête d’une organisation criminelle. Il est approché par ses rivaux et voit en eux son seul moyen de survivre. Il entre dans « le milieu » et la violence devient son quotidien. « Dans ce milieu, c’est compliqué d’être gentil mais il y a des limites que je n’ai jamais franchies. » Les allers-retours en prison se succèdent et c’est lors de sa dernière incarcération que l’inattendu se produit. Placé en cellule avec un Italien, il se lie d’amitié avec l’homme. Pour le faire rire, un jour, il chante. Une simple imitation de « ’O sole mio ». Et c’est la révélation. « Ce jour-là j’ai trouvé ma voix… et ma voie. ». Le directeur lui offre des CD de Pavarotti et derrière les barreaux, une autre identité naît : Nabil le Ténor.
À sa sortie, tout s’accélère. Révélé au grand public, porté par une interprétation virale de Bella Ciao, et de « La Marseillaise » pour l’arrivée du Belem lors des JO de 2024, Naestro a depuis publié un livre, enchaîné les scènes et les projets.
Son histoire n’est pas une rédemption classique. C’est une mutation. Une preuve que même les parcours brisés peuvent changer d’allure.

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