Cultiver la présence de l’architecture
GRAND PRIX DU JURY
Grand Prix du Jury 2026 pour la résidence Oasis, la matérialité de ses projets, en pierre, en béton ou en terre, vient toucher les corps, modifiant leur rapport à l’espace et au temps.
« Je suis venu à l’architecture par mes visites à Florence, où j’allais voir un membre de ma famille danseur quand j’étais enfant. C’est à travers la spatialité et les déplacements que je l’ai découverte », se souvient Stéphane Fernandez.
Car il y a en effet ce rapport au corps dans l’architecture, et sans doute cet aveuglement aussi, quand on est pris dans le flot des activités. « Perec nous invitait dans ses romans à prêter attention à tous ces objets qui nous entourent et que nous ne regardons plus. Les choses les plus simples sont les plus difficiles d’accès, et je m’attarde souvent au premier contact physique que j’ai avec un bâtiment, à cette poignée de porte qui conditionne mon rapport à l’espace dans lequel je vais entrer », poursuit l’architecte, qui a étudié à Marseille puis à Lausanne. Après avoir travaillé auprès d’Yves Lion et de Marc Barani, il a fondé son agence dans sa ville de naissance, à Aix-en-Provence, en 2005.
Le temps patine les matières
Issu d’une famille d’artisans, Stéphane Fernandez essaie de partager avec ses étudiants de l’IMVT (Institut Méditerranéen de la Ville et des Territoires) l’importance du dessin : « La vibration du trait permet de transposer ce qui est à l’intérieur de nous et la main va plus vite que le cerveau, elle peut nous surprendre ».
Le hangar de l’agence à Aix est empli de maquettes de toutes tailles en pierre, en sable, en terre cuite ou en bois, qui se déploient sous les yeux. Elles donnent à voir au 5 000e un projet dans son paysage, ou au 20e un détail, comme une menuiserie. « Je teste aussi leur vieillissement car c’est un des reproches que je pourrais faire aux bâtiments les plus contemporains, quand leurs matières ne tiennent pas compte de ce temps qui passe, de cette part qui nous échappe. J’adore montrer au début de mes conférences les marches de l’abbaye du Thoronet, usées et tout en courbures brillantes du fait du passage des pieds ». Déjà dans son tout premier projet, un chalet à Abriès dans le Queyras, Stéphane avait réinterprété les fustes des maisons traditionnelles, ces poutres verticales et horizontales qui permettaient de faire sécher le foin et le linge. Leur mélèze prend une sublime couleur gris noir au fil des ans.
Dialogue entre la pierre et la lumière
Parmi les personnalités qui l’ont marqué quand il était étudiant, il cite volontiers Louis Kahn, qui disait que l’on pouvait tout critiquer à condition d’arriver au même niveau d’exigence, ou encore Snozzi, qui invitait à prendre conscience que lorsqu’on construit quelque part on enlève potentiellement cet humus qui a donné la vie.
Aujourd’hui à la tête d’une équipe d’une dizaine de personnes dans le Sud, l’architecte développe aussi des projets sur des territoires d’une autre sensibilité. « Quand notre secrétaire historique est partie s’installer à Nantes, nous nous sommes dit que c’était l’occasion d’y ouvrir une antenne. C’est une région que nous adorons et où nous avons reçu l’Equerre d’argent pour le Pôle culturel associatif de Vertou ». Un bâtiment très sobre et unitaire en pierre de travertin, qui répond à la topographie très plate locale par un jeu de toiture et s’ouvre sur une place devant, comme on aurait pu en trouver devant une église.
Stéphane Fernandez aime les architectures silencieuses qui ne disent pas tout, la Provence de Giono et ses volets fermés, l’architecture qui se découvre, en tension entre intérieur et extérieur. Les habitations privées conçues par l’agence s’inscrivent dans cette philosophie. À l’image des Villas PL et LL, où le béton massif, la densité du matériau, vient capter la campagne des Milles environnante par l’ouverture de vues ou les arbres se reflétant sur sa paroi.
Résidence étudiante Oasis, Nice
Ce bâtiment vert, installé à côté du palais Nikaïa, présente une écriture tout en finesse. « La plaine du Var est une terre fertile où se sont déposés les sédiments, et il y avait là des vergers et des serres agricoles partout. Je me souvenais de ce verre opalescent que j’ai voulu réinterpréter comme un clin d’œil à ce qui était là avant ». L’agence a travaillé sur une ventilation naturelle pour ce bâtiment balayé par le vent, qui va de la montagne à la mer ou l’inverse. Ces 200 logements sociaux étudiants, réalisés pour Erilia pour un montant de 14,5 millions d’euros HT, sont ainsi 100 % traversants, avec une coursive qui accélère la ventilation par l’effet Venturi.

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