
Médecin anesthésiste et passionné de plongée sous-marine, il est désormais le vice-président de la Métropole Nice-Côte d’Azur en charge de la transition écologique et de la santé. Rencontre.
Quand on est une métropole si liée au tourisme, peut-on concilier économie et environnement ?
C’est une obligation pour le futur, car les villes qui sortiront leur épingle du jeu seront celles qui auront su garder leur côté vert. S’il y aura toujours une frange de la population un peu « bling », comme ceux qui venaient autrefois pour bronzer à tout prix sans autre intérêt pour l’environnement, de plus en plus de personnes cherchent à découvrir la mer, ses poissons et mammifères. On peut venir ici en ayant un impact négligeable, l’écotourisme est en plein essor. Nous travaillons d’ailleurs aujourd’hui à la création d’une aire marine protégée avec un sentier sous-marin qui retracerait notre histoire archéologique. Et nous avons aussi les Alpes. Il est donc essentiel de créer du lien avec le Haut et Moyen Pays. C’est ce que nous faisions avec le Centre de Découverte Mer et Montagne que j’ai créé dès les années 1990. Je me souviens du commandant Cousteau qui me disait l’importance de donner à voir les belles choses pour sensibiliser durablement. Il faut montrer aux gens le Mercantour, l’Estéron et cet écosystème complet. Le tourisme n’est donc pas du tout opposé à la nature et il fait vivre toute une profession.
L’éducation est donc un levier d’action sur lequel vous insistez pour nos écoliers…
Gandhi a expliqué combien elle peut être le premier enjeu. La nature est comme un livre de grammaire et il est essentiel d’apprendre ses règles pour respecter ses équilibres. L’école a en ce sens un rôle déterminant, il faut éduquer les enfants à l’environnement. Nous vivons dans un monde climatisé et il est indispensable de réapprendre à marcher pieds nus sur la plage pour savoir d’où vient le vent !
Concrètement, quelles sont pour vous les actions prioritaires à mener sur notre territoire ?
Christian Estrosi m’a confié un double mandat : l’écologie et la santé, sachant que les deux sont liés. Notre priorité numéro un est d’améliorer la qualité de l’air, car respirer des particules fines augmente les risques d’infarctus et AVC. Nice demande aux navires quand ils arrivent de passer à un carburant à 0,1 % de teneur en soufre maximum. Le lancement de la ligne 2 du tramway a contribué à diminuer les émissions de gaz à effet de serre sur la Promenade, et toute notre flotte de bus sera décarbonée d’ici 2 025. Nous allons aussi ajouter des parkings vélo et cent cinquante pistes cyclables. Il faut tenir compte des automobilistes et piétons, sachant que les mobilités douces améliorent la qualité de l’air. Le verdissement de la métropole est aussi une priorité, avec l’extension de la Coulée verte. Le Théâtre National de Nice, véritable passoire thermique obsolète en termes d’équipements, sera démoli et s’installera dans le Vieux Nice. Planter des arbres, des espaces verts nous protège des fortes chaleurs.
Que dire alors des épisodes méditerranéens comme la tempête Alex qui a dévasté nos vallées ?
Nous savons que ces épisodes seront plus fréquents à l’avenir puisque la mer Méditerranée se réchauffe. Lorsque l’air se refroidit à l’automne, cela crée donc davantage de précipitations. On sait d’ailleurs que si elle s’était déplacée davantage vers Cagnes-sur-Mer, le bilan aurait été encore plus désastreux. D’où l’importance de l’Agence de sécurité sanitaire environnementale et de gestion des risques que nous avons créée, qui permet de travailler en amont et de coordonner les réponses en cas de crise. Elle a déployé d’importants moyens pour la tempête Alex et la crise du COVID, qui est une crise sanitaire mais également environnementale. Nous avons tellement bousculé la biodiversité et l’on sait aujourd’hui qu’un virus en 12 heures peut faire le tour de la planète. Alors il est essentiel d’anticiper pour se préparer, valoriser la beauté de la nature et favoriser un tourisme respectueux.
Par Eve Chatelet
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