L’usine à rêves du cinéma qui croit encore au réel
À l’heure où films et séries TV se fabriquent de plus en plus à distance, Provence Studios revendique une position presque à contre-courant : celle du décor tangible et du savoir-faire humain. « On pourrait tout faire en post-production, depuis un ordinateur. Mais ce n’est pas notre valeur », explique Olivier Marchetti, PDG et fondateur. Chez lui, la fiction ne se conçoit jamais sans ancrage réel, puisque son histoire commence dans les entrepôts familiaux. Ceux de son père, dédiés à la logistique et au stockage, qui accueillent par hasard, dès la fin des années 1980, plusieurs tournages, à l’instar de Trop belle pour toi, ou Un cœur en hiver. Entrepreneur dans l’âme, le futur PDG comprend qu’une opportunité est à saisir lorsqu’en 2010, un régisseur de la série No Limit, créée par Luc Besson, lui demande d’investir ses entrepôts pour y faire un lieu de tournage. Olivier Marchetti évalue alors le marché, et le constat est sans appel : la France manque cruellement d’infrastructures de tournage, héritage jamais réellement reconstruit depuis la Nouvelle Vague. Les saisons de la série No Limit s’enchaînent, les équipes repartent, mais le décor reste. Le bouche-à-oreille commence : décorateurs, chefs de poste, productions s’échangent désormais l’adresse, et Olivier Marchetti concrétise son projet 5 ans plus tard en donnant officiellement naissance à Provence Studios. Depuis, le site n’a cessé de muter. Sa force principale ? Une flexibilité quasi organique. Un hangar vide peut devenir, en quelques mois, un outil de production opérationnel. Une agilité rendue possible par une structure volontairement resserrée et un goût assumé pour la prise de risque. C’est dans cette dynamique qu’arrive Mike Ristorcelli, rencontré par Olivier Marchetti il y a une dizaine d’années, et associé depuis 5 ans. Ancien producteur et homme de terrain, Mike apporte une capacité d’anticipation et une vision très opérationnelle du métier. Aujourd’hui directeur du développement et des opérations, il dispose de pleins pouvoirs pour penser les flux, les besoins, les évolutions du site. « Fais comme si c’était chez toi », lui dit-on alors. Le passage est radical : de studios de 800 m² à un territoire de 22 hectares. Aujourd’hui, environ 35 personnes travaillent pour Provence Studios, qui dispose de près de 3 000 m² de stockage. Le site accueille des tournages comme Fumer fait tousser de Quentin Dupieux, la série The Serpent Queen ou le film d’horreur La Nonne, des constructions lourdes, mais aussi des événements et des expériences immersives. Son implantation à Martigues n’est pas un hasard. Longtemps restée hors des radars, la Côte Bleue connaît un regain d’attractivité. « Le Sud ne doit pas être seulement un décor, mais un lieu de production », martèle Olivier Marchetti. Un enjeu aussi social : permettre aux techniciens et créatifs de ne plus être contraints de monter à Paris. L’avenir s’écrit dans cette même logique d’anticipation, puisque d’ici 10 ans, Provence Studios ambitionne de renforcer l’accueil des productions, tout en développant des services connexes tels que l’hôtellerie ou l’accompagnement d’étudiants et de professionnels du secteur. Une vision à long terme partagée par deux regards : celui d’Olivier Marchetti, visionnaire ancré dans le réel industriel et territorial ; et celui de Mike Ristorcelli, fin lecteur du terrain et des mutations du secteur. Ensemble, ils cultivent ce pas de côté rare dans l’audiovisuel français : une saga qui ne fait que commencer.
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