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Le designer français a été élu au salon Maison & Objet créateur de l’année. Rencontre avec un plasticien et scénographe en quête d’essentiel.
Pourquoi n’évoquez-vous jamais la notion de fonction, quand vous parlez de vos projets ?
Parce que je travaille beaucoup sur des objets dont la fonction est déjà définie. Quand j’interviens sur une corbeille pour Alessi, je ne cherche pas à réinventer la corbeille. Ce qui m’intéresse, c’est réfléchir sur un produit qui a traversé l’histoire et s’est donc transformé au fil du temps. J’essaye ainsi de rester au plus près de ce qu’est l’idée d’une corbeille. Donc, la fonction, elle est là, mais donnée comme postulat de départ.
Vos recherches se concentrent sur la forme essentielle…
Tout à fait. Et le dessin m’accompagne justement dans cette démarche. Il est la base de ma méthode de travail. Tout commence par lui. Il me sert beaucoup à supprimer des éléments. Je dessine de manière répétitive, toujours sur des feuilles libres et jamais sur des cahiers. Cela me permet en fin de journée de faire le tri et de jeter les esquisses qui ne me conviennent pas. Le dessin a donc cette fonction d’enlever dans l’esprit les choses qui m’encombrent. Et ainsi, d’aller vers une forme qui se simplifie toujours plus.
Cette approche a-t-elle conduit le sujet de votre intervention au CIRVA* en 1998 et 2001 ?
Oui, j’ai commencé à cette époque à m’intéresser à la recherche de mécanismes menant à une simplification de l’objet. Bien que la plasticité de la matière, le verre, autorise toutes les formes, j’ai décidé alors de n’en retenir qu’une seule, le cylindre. Ce qui revient presque à travailler sur une forme très simple qui, finalement, ne m’appartient pas. Le cylindre appartient à tout le monde. C’est un archétype.
Ce projet vous a permis aussi de penser l’objet comme un élément devant entrer en interaction pour créer un paysage.
En effet, on ne dessine jamais un objet pour lui-même, même si l’on porte toute son attention dessus. L’objet va entrer dans une relation avec d’autres et constituer des paysages domestiques dans lesquels on vit. En choisissant de retenir uniquement le cylindre pour le CIRVA, il me semblait plus intéressant d’étudier comment la répétition de cette forme pouvait dessiner un objet final. Ce qui est devenu le sujet définitif du projet. À partir de ce moment, j’ai essayé de réfléchir et d’écrire sur cette question de l’articulation.
Une articulation qui s’opère aussi entre l’objet et l’utilisateur…
Oui. Pour Hermès, par exemple, j’ai conçu des coupes simples mais dont le plateau est fendu. Pourquoi ? Parce que j’aime que les objets aient un sens. Quand vous posez cette coupe sur une table, vous êtes obligatoirement amené à réfléchir à la manière de placer cette fente. La disposition de l’objet dans l’espace et son utilisation ne sont donc plus des actes anodins.
Est-ce le même principe pour les têtes de clown ?
Oui. J’ai habillé des vases, que j’avais créés pour la Manufacture nationale de Sèvres, de visages de clowns. Dix modèles différents. Et si j’ai utilisé un élastique – qui, en réalité, ne sert à rien – pour « tenir le nez », c’est justement afin d’accentuer le fait qu’il y a un dos et une face. Après, à l’utilisateur de décider comment il va orienter l’objet. Cette recherche de sens et de frontalité revient souvent dans mon travail.
En janvier dernier, vous avez présenté la PC Lampe, développée avec Sebastian Wrong. Un projet qui a évolué au fur et à mesure de sa conception.
À l’origine, Sebastian Wrong m’avait proposé de dessiner une lampe-pince de petite dimension dont le prix de vente devait être très bon marché. À ce moment-là du projet, il n’était pas question de technologie, de source LED, de bras articulés à l’aide de petits pistons, pas plus que d’investir dans une filière d’extrusion d’aluminium… Et au final,
chaque étape du projet a apporté ses modifications, jusqu’à ce qu’une nouvelle direction se dessine clairement : la conception d’une lampe de bureau à bras articulé, communément appelée en France lampe d’architecte, ou dans le monde anglo-saxon lampe Anglepoise. Très simple en apparence, elle a nécessité trois ans de mise au point, du fait d’une articulation complexe et d’une technologie invisible. Elle a généré une gamme complète avec des versions table, clip, murale ou encore sur pied…
Par Alexandre Benoist
Parallèlement à ses projets de recherche, Pierre Charpin collabore avec des éditeurs de renom comme Alessi, la Cristallerie de Saint-Louis, Hermès Maison, Japan Creative, Ligne Roset/Cinna, La Manufacture nationale de Sèvres, etc.
* Centre international de recherche sur le verre et les arts plastiques

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