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Pablo Picasso, Femme couchant lisant, 1939. Huile sur toile. Musée national Picasso-Paris. |
L’œuvre « obstinément méditerranéenne » du maître espagnol est célébrée dans quatre grands musées de la Côte d’Azur, que l’artiste a marquée de son empreinte indélébile.
Encore Picasso ? Eh bien oui. Quarante-cinq ans après sa mort, le plus grand artiste du XXe siècle continue d’exploser les records de fréquentation dans les expositions qui lui sont consacrées partout dans le monde, d’enflammer les maisons de vente aux enchères, d’inspirer les artistes, de susciter des vocations… Picasso aux mille styles. Picasso aux milliers d’œuvres (on parle de 25 000 !). La source semble intarissable. Laurent le Bon, directeur du musée national Picasso-Paris l’attestait au printemps 2017, veille du démarrage de la manifestation « Picasso Méditerranée »* dont il est l’instigateur : « Aujourd’hui, il est encore possible d’avoir un regard neuf sur Picasso, avec des angles contemporains sur ses créations. La diversité des regards n’épuise pas son œuvre, c’est sans doute ce qui distingue le génie. » En plus de mettre en valeur une œuvre « obstinément méditerranéenne », ce projet d’envergure – plus de 70 institutions participantes (France, Espagne, Chypre, Grèce, Israël, Italie, Malte, Maroc et Turquie) – a pour ambition de « resserrer les liens entre toutes les rives » pas toujours tranquilles… Parmi la déferlante d’expositions, celles ayant lieu sur la Riviera française résonnent tout particulièrement : au cours de sa (longue) vie, Picasso est passé, a vécu ou a exposé à Mougins, Cannes, Antibes, Nice, Monaco, Vallauris, Juan-les-Pins, Saint-Raphaël, Saint-Tropez, sans oublier Marseille et Aix-en-Provence.
Nice
Duel au soleil
Admiration, émulation, confrontation. Le dialogue exigeant entre Matisse (né en 1869) et Picasso (né en 1881), qui ont commencé à peindre à peu près au même moment (dans les années 1890), va durer près de 50 ans. C’est à Nice, et ses environs, que « les deux hommes se côtoient régulièrement à partir des années 40, trouvant tous deux dans cet espace méditerranéen la source de leur création », explique Claudine Grammont, directrice du musée niçois dédié à Henri Matisse. Qui a choisi comme angle d’attaque, en partenariat avec le musée national Picasso-Paris, la relation du peintre à son modèle, « l’un des principaux moteurs de la réflexion menée par les deux artistes autour des questions de la représentation du corps et de l’acte créateur ». Parmi la quarantaine de pièces prêtées par Paris, deux chefs-d’œuvre absolus : l’Autoportrait à la palette de Picasso et Le Rêve de Matisse, issu des collections du Centre Pompidou.
« Matisse & Picasso, la comédie du modèle »
Jusqu’au 29 septembre
Musée Matisse,Nice
164 avenue des Arènes de Cimiez, « Picasso, les Années Vallauris »
Vallauris
Le geste sculptural
Située sur les collines des Mauruches dominant Antibes, La Galloise est une des résidences les moins connues de Picasso. Pourtant la« petite et assez inconfortable » maison occupée par le peintre et Françoise Gilot, entre l’été 1948 et septembre 1953, marque une étape cruciale dans sa vie personnelle et artistique. La petite ville ouvrière, à peine sortie de la guerre, séduit d’emblée le membre actif du Parti communiste français, qui loue la simplicité de ses habitants et le savoir-faire des artisans potiers restés longtemps inactifs. Picasso se livre alors à de nouvelles expérimentations techniques et iconographiques en matière de céramique (au sein de l’atelier Madoura) et de sculpture, notamment à partir de matériaux de récupération et d’objets du quotidien détournés.
Jusqu’au 22 octobre
La Guerre et la Paix ; Musée Magnelli et Madoura, lieu d’Art, d’Histoire et de Création,
Musée national Pablo Picasso,à Vallauris
Vence
Bricoleurs de génie
Dans le prolongement de Vallauris, le musée de Vence rend hommage au Picasso sculpteur qui, confronté à la rareté des matières premières pendant et après la guerre, devient l’un des pionniers du recycl’art. Un ensemble de sculptures – assemblages, tôle découpée, etc. – réalisées en grande partie à Cannes par le « bricoleur de génie » sont mises en regard, dans un « grand atelier contemporain », avec les œuvres d’une dizaine d’artistes vivants* pour qui « l’accident heureux, le hasard arrangé, la verve menuisière, l’obstination créatrice » se situent au cœur de leur travail.
* Louis Cane, Anne Deguelle, Max Charvolen, Gérald Thupinier, Miquel Barcelo, Vincent Corpet, Fabrice Hyber, etc.
« Picasso et les Contemporains : Éloge de la fabrique », Jusqu’au 28 octobre
Musée de Vence / Fondation Emile-Hugues,
2 place du Frêne, Vence
Mouans-Sartoux
« Autre chose à voir »
Aux frontières de l’abstraction, l’œuvre cubiste de Picasso, qui offre un nouveau regard sur le réel, trouve forcément écho chez les pionniers de l’abstraction présents dans les collections de la Donation Albers-Honegger. L’Espace de l’Art concret en fait la démonstration dans un face-à-face inédit, déployé sur l’ensemble des salles du bâtiment vert du duo zurichois Gigon-Guyer. La figure tutélaire du maître espagnol suscite tout autant le rejet que l’attraction, à l’instar de Gottfried Honegger, tout juste âgé de 20 ans, qui, observant Picasso dans l’atelier de gravure Lacourière s’écria : « Et là, quand je l’ai vu travailler, j’ai trouvé que c’était un monstre ! »
« Picasso à tous les étages ! »
Du 8 juillet au 7 octobre
Espace de l’art concret, Mouans-Sartoux
Par Mireille Sartore
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