Scanner la Terre pour regarder sa santé
Prendre des photos de la Terre pour détecter à l’avance le stress hydrique et veiller au bien-être des cultures : telle est l’une des applications possibles de l’imagerie hyperspectrale.
A 8 ans, Laurent Escarrat s’est vu offrir un livre d’astronomie par son père. Alors quand il s’est agi de choisir un métier, ces images lui sont revenues avec intensité. Diplômé d’un doctorat en astrophysique de l’Université Côte d’Azur, il est notamment devenu spécialiste des instruments d’observation de la Terre depuis l’espace. Après avoir œuvré auprès de Thales Alenia Space, il a rejoint Sophia Engineering, où il a sympathisé avec son associé d’aujourd’hui, Vincent David : « Nous avons tous les deux une nature entrepreneuriale. J’ai personnellement la fibre spatiale et lui pilote une entreprise depuis 20 ans. On a décidé de s’appuyer sur ces expériences complémentaires », raconte le cofondateur d’Orus.
Le projet de cette start-up, qui s’inscrit en plein dans la mouvance new space, des nouvelles solutions commerciales dans l’espace : mettre en orbite des satellites capables de capter des images très précises et d’en extraire des informations utiles pour de futurs clients. « Ceci grâce à l’imagerie hyperspectrale, qui permet de détailler chaque pixel afin de révéler la structure chimique des matériaux. Pour l’heure, on travaille par drone et on précise nos algorithmes afin de traiter ces images de façon efficace et rapide grâce à l’IA. On est très impatients car on pourra lancer notre premier satellite en orbite l’an prochain ! »,se réjouit Vincent David, qui vient de faire une première levée de fonds de 5 millions d’euros.
Images satellites pour humains prévoyants
« Avec l’hyperspectral à haute résolution, on observe très finement. C’est un peu l’image du chercheur en blouse blanche qui regarde une courbe de pics, comme dans la série Les Experts ; la spectroscopie permet de découper la composition de la matière en détail », précise Laurent Escarrat en riant. Orus prévoit de lancer, après son premier démonstrateur en vol, une petite constellation de satellites aux performances augmentées. Cinq si tout va bien, avec un procédé de captation précis, miniaturisé et industrialisé. Que pourrait-on faire avec les images récoltées ? « Il y a beaucoup d’applications civiles en matière d’environnement et d’énergie, mais cela intéresse aussi les acteurs de la sécurité et de la défense », confie Vincent David. Concrètement, la solution est recommandée pour l’agriculture de précision, afin d’identifier les végétaux des parcelles et les éventuels débuts de maladie. Pour la nature du sol également, quand on veut savoir quand semer, mettre de l’engrais, arroser.En ville, ce serait un outil pour observer la transition écologique et recenser les réseaux de panneaux solaires.
Stratégique pour l’Agence spatiale européenne
Autre option possible : identifier les plastiques, les hydrocarbures ou rejets industriels, sur le sol comme dans les eaux, et évidemment tracer les sources de pollution. Les deux compères ont d’ailleurs suscité la confiance de grands acteurs institutionnels, comme en témoigne leur participation au programme Copernicus de l’Agence spatiale européenne, destiné à observer la santé de la Terre. Inspiré du panthéon égyptien, le nom Orus est donc associé à toute une symbolique : « On a enlevé le H du Dieu Horus pour que ce soit plus simple à écrire, conclut Laurent Escarrat. Cet œil a été la source d’inspiration de notre logo, qui a aussi l’allure d’un satellite. Cette image d’un œil protecteur est en résonance avec nos missions de soin de la planète et de sécurité des individus. »

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