Pour une médecine informatique intégrative, fondée sur les données
Médecin nucléaire au Centre Antoine Lacassagne et titulaire d’une chaire en Santé à l’Université Côte d’Azur, il incarne ce virage vers une oncologie de précision nourrie par l’IA.
« Cela surprend souvent mais la médecine nucléaire est une branche importante en cancérologie. Nous sommes les héritiers directs de Marie Curie. Les premiers traitements en médecine nucléaire sont nés dans les années 1950 et ils n’ont cessé d’évoluer », lance Olivier Humbert. Après avoir pas mal hésité avec le métier d’ingénieur, ce passionné de physique et photographie argentique a fini par choisir une voie où les sciences dures et l’engagement humain se rejoignent. Dans ses études de médecine, il s’est spécialisé en imagerie et thérapies nucléaires, qui associent contact avec les patients, technologie et recherche de pointe. Après une thèse de sciences sur l’identification par l’image des biomarqueurs permettant d’évaluer l’agressivité des cancers du sein et la réponse aux traitements, Olivier Humbert est arrivé à Nice, collaborant dès 2018 avec les chercheurs de l’Inria, avant d’intégrer l’Institut Interdisciplinaire d’Intelligence Artificielle Côte d’Azur (3IA). Il explique : « Je ne suis pas venu ici que pour le soleil, mais aussi parce que j’ai vu que la Côte d’Azur était une terre d’IA qui pouvait ouvrir de multiples possibilités de collaboration sur des projets avec des ingénieurs ».
Un projet d’apprentissage fédéré leader en France
« Quand on découvre l’Intelligence Artificielle, cela semble à première vue magique. Or on comprend vite que ça ne marche pas du premier coup, les projets demandent une réelle expertise et c’est fastidieux. L’IA va ainsi modifier nos pratiques et manières d’être médecins, mais pour développer des modèles fiables, robustes et éthiques, il va falloir beaucoup de travail et lever des verrous notamment pour accéder aux données », poursuit Olivier Humbert. Pour ce chercheur, la rencontre avec Marco Lorenzi, travaillant sur un logiciel d’IA collaboratif entre hôpitaux, a été déterminante. L’idée de ce mathématicien de l’équipe Epione de l’Inria ? Sortir de l’optique des IA centralisées, réunissant toutes les données dans un serveur commun, pour adopter une logique fédérée : « Ainsi les données patients restent dans chaque hôpital et ce ne sont que des formules mathématiques qui sont envoyées ».
Une décision fondée sur le retour d’expérience patients « Pour les cancers du poumon, on a des immunothérapies formidables qui réveillent le système immunitaire, avec des résultats incroyables même pour des patients à des stades avancés. Or dans la moitié des cas, cela peut accélérer à l’inverse la croissance tumorale. On atteint donc là une limite, qui souligne la nécessité de développer une médecine plus personnalisée encore. L’IA pourrait nous apporter cette précision par recoupement de données de patients nationaux et internationaux, ayant déjà reçu ce type de traitement », poursuit le médecin. Pour l’heure, la plateforme intrahospitalière développée à Nice connecte 2200 patients, à travers 10 hôpitaux des Alpes-Maritimes et français. Et de conclure : « Nous allons initier une collaboration internationale avec le Canada et le Québec. Développé pour le cancer du sein et du poumon, ce projet pourrait ensuite être dupliqué dans d’autres secteurs médicaux ».
Lire nos magazines


