Par Mathilde Hingray © Antoine-Beysens

Nicolas Rouger

Quand la course au large devient un acte culturel

Navigateur marseillais au parcours singulier, Nicolas Rouger fait se rencontrer la mer, l’art contemporain et la culture urbaine. Avec son IMOCA Demain, c’est loin, il bouscule les codes du large et ouvre un horizon nouveau, vibrant de diversité et d’audace.

« On m’a fait tomber, alors je m’élève. »
Par Mathilde Hingray © Antoine-Beysens
En route pour les 7 sommets.
L’oeuvre d’Hervé Di Rosa.

« Je n’aime pas le communautarisme, seule la diversité enrichit », confie-t-il. Son cap : ouvrir la course au large, inviter des mondes qui ne se croisent jamais à naviguer ensemble. Une démarche audacieuse, presque poétique, qui raconte autant la personnalité du marin que l’âme singulière de son bateau.

En 2022, Nicolas rachète l’IMOCA de Miranda Merron, le voilier qui avait bouclé le Vendée Globe 2020. Restait à imaginer comment financer une aventure aussi démesurée. Refusant les schémas traditionnels, il fait émerger une idée simple et révolutionnaire : transformer sa grand-voile en œuvre d’art. Il approche alors Hervé Di Rosa, figure majeure de l’art contemporain. L’artiste accepte de créer une toile monumentale, réplique exacte de la voile : une fresque de 300 personnages destinée à accompagner Nicolas autour du monde. Coordonné par Philippe Saulle, directeur de l’École des Beaux-Arts de Sète, le projet devient une œuvre conservée au musée Paul-Valéry, découpée en 244 pièces d’un mètre carré, vendues 20 000 € chacune. Les entreprises n’achètent plus un espace publicitaire : elles investissent dans une œuvre originale, exposée au musée avant de rejoindre le bateau à l’issue du Vendée Globe. Le sponsoring devient un acte culturel, un engagement artistique partagé.

IAM, un parrain qui ouvre les horizons

Pour ancrer son projet dans la culture marseillaise, Nicolas se tourne vers IAM. Le groupe accepte de devenir parrain du bateau, qui porte le nom de l’une de leurs chansons emblématiques. Une rencontre née… dans le restaurant que Nicolas tenait autrefois à Marseille. « Je voulais casser les codes : la voile est perçue comme bourgeoise, l’art contemporain comme élitiste. IAM, c’était ouvrir tout ça. » Un concert gratuit sur le Vieux-Port devait lancer le projet en 2020, mais la pandémie l’a empêché. L’esprit, lui, demeure : montrer que la mer sert à voyager mais aussi à relier.

Un projet éducatif d’ampleur

L’aventure dépasse largement le cadre sportif. Une convention avec l’académie Aix-Marseille permet à 650 000 élèves de suivre le Vendée Globe de Nicolas. Ancien élève en échec scolaire, il en est fier : « L’école est importante, mais elle ne dit pas tout. On peut réussir autrement, par la passion, par les rencontres. » Dans les classes, il intervient sans donner de leçons : « De la 6e à la terminale, j’étais le dernier. Ça ne veut pas dire que tu ne vaux rien. Il faut se faire confiance. La réussite, c’est le bonheur. Quand tu es heureux, toutes les portes s’ouvrent. »

De l’ombre à la lumière

Qualifié pour le Vendée Globe 2024, Nicolas voit son rêve s’effondrer lorsqu’une rafale de mistral renverse son bateau à terre : plus de 600 000 € de dégâts. « Toute ta vie sur la table, et la lumière s’éteint en une seconde. » Il repartira pour 2028. Sans renoncer. Car chez lui, l’échec n’est jamais une fin : « Il faut avoir des échecs pour réussir. Quand t’arrives, après avoir tellement galéré, le plaisir est décuplé. »

En parallèle, il s’est lancé un autre défi : les sept sommets, dont l’Everest en 2026. À 45 ans, Nicolas Rouger continue de tracer sa route, entre mer et montagne, entre art et culture, entre Marseille et le monde. Il avance avec la conviction que les rêves fous valent qu’on s’y accroche. « Ce n’est pas parce que tu rates un truc que tu dois arrêter d’y croire. » Son IMOCA, son œuvre d’art, son partenariat avec IAM, son engagement auprès des jeunes : tout raconte la même chose. La diversité comme force. La rencontre comme moteur. La résilience comme philosophie. Et au bout du chemin, un tour du monde sans assistance. Un rêve d’enfant. Un rêve de marin. Un rêve de vie.

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