© Olivier Rimbo FoellerDans ses serres à l'INRAE de Sophia Antipolis, Mycophyto développe un outil de prédiction grâce à l'IA.

Mycophyto

Des champignons pour réinventer l’agriculture

Justine Lipuma, microbiologiste et fondatrice de Mycophyto.© Olivier Rimbo Foeller

«J’étais collégienne quand j’ai commencé à m’intéresser au vivant. C’est pour ça que j’ai poursuivi en lycée agricole, les deux pieds ancrés dans la terre », explique Justine Lipuma en riant. Après un doctorat en microbiologie, cette experte des interactions entre les plantes et micro-organismes du sol a voulu mettre ses recherches au service de l’agriculture, face à un défi immense  : «  L’agriculture intensive, l’utilisation de pesticides et engrais de synthèse a permis d’augmenter les rendements agricoles pour nourrir une population croissante, mais cela a dégradé considérablement les sols qui sont de plus en plus fatigués et dévitalisés », déplore la scientifique chateauneuvoise. 

Mais grâce à ses recherches, Justine Lipuma veut inverser la tendance, booster les sols à l’aide de champignons mycorhiziens, des alliés qui existent depuis des millions d’années  ! Leur avantage  : ces micro-organismes forment un réseau autour des racines des plantes, ce qui leur permet de mieux absorber l’eau et les minéraux. Bref, cette symbiose aide le végétal à être plus en forme et mieux réagir en cas de sécheresse, surtout dans un contexte de réchauffement climatique. « L’idée est donc d’utiliser ce réseau comme engrais naturel. Les champignons existent en 350 espèces et sont compatibles avec 80 % des plantes », se réjouit la chercheuse, qui a installé son labo à Grasse et ses serres à l’INRAE de Sophia.

Une biobanque comme capital vert

Avec les nouveaux horizons qu’elle ouvre pour l’agriculture, l’entreprise Mycophyto a bénéficié de deux levées de fonds et se développe aujourd’hui dans l’Hexagone comme à l’international. Elle fait d’ailleurs partie de la petite centaine d’entreprises de la French Tech 2030, ces start-up soutenues par l’État français et potentielles licornes qui vaudront peut-être un jour des milliards. « Nous développons actuellement un outil de prédiction grâce à l’IA qui permet d’agréger les informations, à savoir le type de sol, de climat et de culture pour trouver la solution idéale pour chaque terre », poursuit cette passionnée de recherche et développement qui a créé une biobanque des espèces de champignons, en passe de devenir une grande base européenne.

Chercheuse devenue entrepreneuse

Dans le business model de Justine Lipuma, il y a aussi tout un volet production. De grandes serres où sont cultivées des plantes pour récolter leurs champignons associés et en faire des granulés pour les agriculteurs. La jeune femme, qui croit à fond dans le message qu’elle porte, ajoute avec optimisme  : « J’ai conscience qu’on ne peut pas demander un passage des solutions chimiques aux biostimulants comme ça, en un clin d’œil. Cela prend du temps, il faut proposer, échanger. Ce qu’on sait, c’est qu’en mettant des mycorhizes, la plante gagne en poids et cela permet d’obtenir jusqu’à 30 % de rendement en plus sur les roses, d’utiliser 20 % d’eau en moins pour des cultures comme la vigne dans le Var. Je veux donc pouvoir mettre dans les mains de tous les agriculteurs ces biostimulants, qui sont une solution de rupture car ils invitent à un changement de modèle ».

L’avis du jury

« Grâce aux recherches menées en partenariat avec l’Université  Côte d’Azur et l’INRAE, Mycophyto développe des solutions innovantes pour restaurer la fertilité des sols et réduire la consommation d’eau en agriculture, notamment en viticulture. Un enjeu crucial dans un contexte où les ressources en eau sont de plus en plus menacées. »

Justine Lipuma poursuit ses recherches dans son laboratoire de Grasse. © Olivier Rimbo Foeller
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