La couleur en partage
Artiste autodidacte, ce Cannois de naissance et de cœur cultive une joyeuse liberté créative. À tout juste 38 printemps, il impose peu à peu sa signature, de la Côte d'Azur à Paris, et bien au-delà...
Pigments précieux ou bruts sur toile, panneaux peints à la feuille d’or, soieries, encres, argiles et engobes… autant de matières à travers lesquelles Modely Thibaud transmet de la joie. Ses œuvres en fleurs semblent être la promesse d’une île, peut-être celle de sa mère, originaire de Maurice. L’artiste aspirerait-t-il à rejoindre l’illustre cercle des « peintres du bonheur » – Raoul Dufy, Auguste Renoir, Pierre Bonnard et bien sûr Henri Matisse, inégalable de talent pour Modely ? Si les couleurs vives ou pastels de ses œuvres réjouissent l’œil, la variété de leurs formats et supports surprend, tant il sort du cadre. Du tableau que l’on accroche chez soi à la démesure d’un immense pan de mur, ou encore d’un jardin public à l’intimité d’une chapelle, il est assurément libre de tout diktat dans un monde de l’art enclin à cloisonner les pratiques. « C’est vrai, j’aime quand c’est grand et hors du commun, ça absorbe le public. J’aime répandre l’art dans la rue. À l’île Maurice, la fresque est très présente, là-bas la peinture est une transmission », confirme-t-il.
Un artiste tout terrain
« Hors du commun », le qualificatif s’applique bien aux immenses soieries colorées, réalisées par l’artiste en 2025 pour orner la chapelle Chalucet à Toulon, aujourd’hui devenue une salle d’exposition. Ces peintures sur soie lui ont demandé de maîtriser une technique très exigeante de peinture où aucun repentir n’est permis. Il y a consacré trois mois de travail intense. C’est d’ailleurs cette audace et cette liberté toute matissiennes que salue l’ancien ministre de la Culture Jean-Jacques Aillagon à son sujet : « Modely Thibaud est un artiste, un peintre plus précisément, qui n’hésite jamais à confronter son talent, son imagination, son désir de créer, aux invitations qui lui sont faites à se mesurer aux contextes architecturaux et urbains les plus divers ».
De la peinture à la céramique…
Rien ne semble être un obstacle pour le jeune peintre, que la commande soit publique ou privée : « Je veux toucher à tout ! J’ai découvert la céramique par hasard en 2020. La mairie de Cannes souhaitait réhabiliter de façon durable le square du Caroubier au Suquet ; la céramique s’est alors imposée car c’est un médium durable en extérieur. J’ai commencé à la travailler avec ce premier jardin. J’ai adoré ça. » Une confiance en l’artiste que la mairie de Cannes renouvellera avec un deuxième jardin à habiller en couleurs.
L’histoire d’amour entre Modely et la céramique ne s’arrête plus. Primé l’année dernière lors de la première édition de la Ceramic Art Fair de Paris pour l’œuvre Babylone, Modely reçoit désormais des commandes du monde entier. La célèbre galeriste de Saint-Paul-de-Vence, Catherine Issert, a également succombé à ses pièces et les expose depuis le début de l’année. Et si la notoriété de l’enfant du pays dépasse aujourd’hui les frontières azuréennes, il considère humblement qu’il doit son succès à la chance : « J’ai rencontré les bonnes per-sonnes au bon moment et j’ai su garder ces personnes proches. Je les remercie, elles sauront se reconnaître ». Naviguant sans cesse entre son domicile et atelier parisiens et son fief implanté au cœur du Suquet – les Beaux-Arts de Cannes –, Modely confie ne jamais s’arrêter de travailler, créer, répondre à des appels à projets, des commandes. « C’est là aussi une chance, quand on est artiste, de pouvoir vivre de son travail. » Après tout, Virgile n’avait-il pas raison ? Fortis fortuna adiuvat (La chance sourit aux audacieux)…

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