La mémoire vive de la cité phocéenne
Après un démarrage historique cet automne, l’exposition initiée par cette dynastie locale a pris sa vitesse de croisière : une plongée saisissante, souvent émouvante, pour mieux comprendre l’irrésistible séduction de cette ville ancrée au cœur de tous. Incontournable…
Plus de 30 000 visiteurs depuis son ouverture… Le succès est sans précédent entre les murs du Musée d’Histoire de Marseille. Car de 1864 à nos jours, cette déambulation est une redécouverte : celle d’une ville-monde, la 2e de France, traversée sur ces cimaises par ses anciens, son commerce florissant, ses heures plus grises ou celles, contemporaines, d’une métamorphose ambitieuse qui la relie à demain, dans la perspective des grandes transitions engagées. Des visages et du cœur, du panache et de la gouaille. Des grands moments et du quotidien.
Car Marseille n’a pas seulement été photographiée par la famille Detaille : elle l’a adoptée. Suisses d’origine, Fernand (1875-1954), le pionnier bâtisseur, développera une approche humaniste enracinée dans la culture provençale ; son fils Albert (1903-1996), artiste fécond de la lumière et félibre passionné, apportera une dimension poétique ; enfin Gérard, son petit-fils né en 1948, gardien du trésor, modernisera l’entreprise familiale, développera la photo panoramique et aérienne, oeuvrant à la sauvegarde et à la valorisation de ce patrimoine exceptionnel en créant la photothèque. Trois personnalités fortes célébrant la « ressemblance intime », vitrine de l’âme et l’instant vivant. Héritiers du célèbre photographe Nadar, qui va propulser leur destin, ils ont trouvé ici une cité vibrante, foisonnante, contrastée. « Tout ce que Marseille a donné à la famille Detaille, son énergie, sa lumière, son humanité, Gérard Detaille a choisi de le rendre à la ville. Par un don exceptionnel de plus de 300 000 photographies, il lui confie désormais un patrimoine d’une richesse et d’une diversité extraordinaires : un témoignage du temps qui passe, de la mémoire des lieux et de celles et ceux qui les ont habités. Ce geste généreux fait entrer dans les collections du Musée d’Histoire de Marseille, un pan essentiel de notre histoire collective, une mémoire vivante qui relie les générations. Ces images nous rappellent d’où nous venons, ce que nous avons traversé, la beauté de ce que Marseille inspire à ceux qui savent la regarder avec sincérité. », souligne le maire Benoît Payan.
Il faut donc venir, revenir, déambuler, s’attarder au fil d’une scénographie qui loin de figer ces pépites, les marque d’une vie qu’on pourrait presque toucher du doigt. Là est sans doute le secret de ce rendez-vous pour « lire Marseille et la comprendre » : emprunter le sillage de l’architecture, de la mer omniprésente, côtoyer les métiers oubliés, la pêche, les marchés, les corporations d’artisans, les industries, les traditions légendaires, les figures royales, politiques, artistiques, essentielles qui ont marqué les époques et les modes ; souligner les évènements, les scènes de liesse, la rue qui clame ou qui gronde. Chaque image donne du sens et nous invite à des moments suspendus.
Un socle de résonance pour les plus jeunes ; de la tendresse, des quartiers transformés, des grands chantiers changeant la donne et l’échelle pour les autochtones, certains d’habiter au quotidien une destination phare qu’il faut souvent quitter, pour mieux y revenir.
« Il faut savoir voir, entraîner l’oeil, le regard mène partout. », confie Gérard. Pari réussi !
Dans les coulisses de cette transmission, il faut aussi rendre hommage au travail titanesque d’Hélène, son épouse, qui toutes ces années a veillé à l’organisation minutieuse et passionnée, de la photothèque familiale. C’est à elle, également photographe de talent, que revient la révélation méthodiquement archivée de ces trésors. « Écouter les gens évoquer des souvenirs, échanger, ressentir leur émotion, cette façon qu’ils ont d’aimer cette ville, permet inévitablement de tisser du lien. Ces images ont la valeur du partage. Chacun y trouve un petit bout de sa vie. Elles impriment aujourd’hui notre fierté viscérale d’appartenir à cette communauté bouillonnante, c’est ce qui nous anime depuis toutes ces années ».
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