À la trinité, une saga familiale de 95 ans, façonnée par la pierre, le design, des tempéraments bien trempés et une capacité intacte à se réinventer.
Dans le showroom, les matières composent un décor résolument contemporain. Les grandes plaques dialoguent avec les petits formats, la terre cuite revient dans des teintes naturelles, les feuilles de pierre se courbent sur des meubles rétroéclairés et un bleu Majorelle réveille l’espace extérieur. Et le granito, matériau fondateur de la maison, revient en force. « C’est le gros paradoxe : nous avons arrêté d’en fabriquer en 1961 et aujourd’hui, il redevient extrêmement recherché », sourit Céline Arnulf, directrice générale, petite-fille des fondateurs. Sur près de 1 200 m², cet espace de vente entièrement rénové raconte l’évolution de l’entreprise. L’histoire démarre le 1er avril 1931, lorsque Natale et Ida Marmorini, venus d’Arezzo, en Toscane, installent à La Trinité (commune de l’Est de Nice) une fabrique de mosaïque, de marbre et du fameux granito, mélange de ciment et de fragments de pierre encore présent dans nombre d’immeubles niçois.
Une saga familiale très italienne
Puis vient le temps du négoce. Au début des années 1960, la céramique italienne s’impose. En 1961, la production s’arrête pour l’entreprise Marmorini et la famille se tourne vers la vente et la distribution. La suite se joue entre trois figures de la deuxième génération : Joséphine, la mère de Céline, aux ventes ; sa tante au dépôt et Joseph, son oncle, spécialiste de la pierre, avec les fidélités, les disputes et les rapports de force d’une véritable saga italienne. Très tôt, Céline Arnulf veut se faire une place et passe tout son temps libre dans l’entreprise. À 11 ans, décidée à sécher les cours pour suivre Joséphine sur un salon en Italie elle s’allonge au pied du lit de sa mère pour être découverte au départ. Joséphine finira par céder et sa voie est toute tracée. Après une école de commerce, elle se forme à la taille de pierre et découvre l’exigence des Compagnons. à 23 ans, elle intègre la société mais l’oncle Joseph, alors figure patriarcale de la maison, ne lui ouvre pas vraiment la porte. « Je me suis dit que si je restais, je me condamnais à toujours être derrière lui et à subir ce qu’il voudrait faire. »
En 2005, elle prend une décision radicale : racheter Scaramozzino, implanté à L’Ariane, un concurrent en difficulté. Peu de moyens, beaucoup d’audace et le soutien décisif de sa tante. « C’était l’inconscience du moment. Je suis partie avec mon golden, une équipe resserrée et super motivée. On ne pouvait plus nous arrêter. » Scaramozzino se développe et attire une partie de la clientèle historique, tandis que la maison familiale s’essouffle. En 2009, son oncle se retire et les deux entreprises fusionnent, Céline Arnulf prend les rênes et Marmorini Design naît en 2010 : parquet, sanitaire et aménagement extérieur complètent le carrelage et la pierre. En 2019, l’enseigne devient La Maison Marmorini, après avoir multiplié son chiffre d’affaires par dix.
Le luxe, mais pas seulement
Aujourd’hui, une trentaine de collaborateurs accompagnent particuliers, architectes, hôteliers, promoteurs et bailleurs. La maison travaille avec 180 fournisseurs et dispose de plus de 80 000 références. « Notre véritable force est le conseil et l’adaptabilité aux besoins de notre clientèle de particuliers. On sait faire de la villa de luxe, du particulier, de la promotion immobilière et jongler avec tous ces mondes-là. » L’ancrage, lui, reste pleinement azuréen. Nice et Monaco constituent le cœur du développement, même si des chantiers s’ouvrent à Saint-Tropez, en Suisse ou aux Bahamas. « Le seul marché que nous devons cibler aujourd’hui, c’est la région niçoise. Tout ce qui se fait ailleurs vient d’abord de notre histoire et de notre réseau local. » La suite se prépare déjà. Ange et Gianni Valentini, les fils de Céline Arnulf, apprennent le métier au dépôt, au contact des produits, de la logistique et des clients. L’un se tourne vers le commerce, l’autre vers la gestion. Leur arrivée est envisagée à l’horizon 2030, à l’approche du centenaire. Une quatrième génération prête à reprendre le fil, sans rompre avec la matière.

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