Less is more – Design Durable

Ecoconception, transmission et engagement humain sont les leviers de cette nouvelle philosophie de l’objet, portée par des designers respectueux de la planète.

Des tables tout terrain, facilement démontables et transportables, signées JAM Design.
Henri Dejeant près d’une de ses lampes Invader en papier mâché.© Alain L'herisson

Qu’on se le dise, les clichés sur le design soutenable sont légion. Car oui, ce n’est pas parce qu’on se sert de bois qu’on est vertueux ; tout dépend comment il est cultivé, traité, débité, expédié… À quelle démarche correspond alors ce concept ? « La définition donnée en 1987 par le rapport de la Commission Bruntland à l’ONU a été déterminante », précise Maurille Larivière, designer polytechnicien et cofondateur de la Besign School à Cagnes-sur-Mer. Ce texte explique que « le développement durable est un développement qui répond aux besoins du présent, sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs ». Si cette publication a fait date, des voix s’étaient déjà élevées et dans les années 1960-1970, Victor Papanek en tête. Figure de proue d’un design écologiquement et socialement engagé, il répétait déjà à l’époque qu’on peut « faire le plus avec le moins ». Que sont alors devenus ces principes un demi-siècle plus tard, comment sont-ils appliqués ? « Le design durable est souvent synonyme de bel objet, fabriqué à partir de matières locales, recyclées ou renouvelables, mais il est aussi le reflet de savoir-faire humains », résume Chrystel Simone, qui accompagne les entreprises de la Côte d’Azur dans l’écoconception.

Des process créatifs écoresponsables

Très inspiré par les artisans du Maroc où il a vécu, et notamment leur façon de valoriser des matériaux de récupération, Henri Dejeant imagine des lampes Invader en papier mâché dans son atelier à Béziers. Des créations très contemporaines qui naissent dans des moules en vieux journaux, farine végétale et plâtre de Paris. De même, la pulpe de papier compte parmi les matériaux favoris de Marie et Jérémy de JAM design à Saint-Paul-de-Vence, qui jouent avec les pleins et les vides dans leurs luminaires colorés. Tournant le dos à la pétrochimie, le binôme affectionne l’écorce de chêne, qu’il façonne en panneaux de liège collés à l’amidon, mécaniquement et sans chaleur. Un procédé à faible impact environnemental, grâce auquel il crée des lampes aux pans biseautés et des habillages muraux à motifs. D’où viennent les matières, comment durent-elles dans le temps, que deviennent-elles lorsqu’on veut changer de décoration ? Les designers s’inscrivent dans une nouvelle façon de concevoir l’objet : « C’est tout le cycle de vie du meuble qui est pris en compte et nous avons à l’école un laboratoire dédié aux recherches sur les biomatériaux comme les épines de pins du littoral », explique Laëtitia Wolff, enseignante à la Besign School.

D’innovantes métamorphoses

Le temps est en effet à la recherche d’alternatives et les algues, qui prolifèrent à cause du réchauffement climatique, pourraient bien offrir des perspectives industrielles à grande échelle, comme en témoignent les explorations de Samuel Tomatis, Prix de la Ville de Paris. Ameublement, tissage, teinture, vannerie, maroquinerie de luxe, vaisselle… les algues se prêtent à d’étonnantes transformations. Alumni de Condé, école d’arts appliqués à Nice, Courtney Giovagnoli a suivi quant à elle une piste fertile avec Mycodesign : « J’ai fait ma thèse sur le mycellium, partie souterraine du champignon. Je le laisse pousser généralement sept jours à l’intérieur de moules avec des copeaux de bois, avant de le faire sécher. En plein été, la chaleur sur les hauteurs d’Aspremont suffit à stopper sa croissance ». Une technique de production biomimétique, calquée sur le vivant, qui donne naissance à des lampes d’intérieur, des pots pour plantes et porte-bougies.

Simplicité authentique et upcycling contemporain

Si l’écoconception passe par l’innovation, elle marque aussi un retour aux matières brutes non transformées. À Valbonne, le Repère du zèbre expose les lampes du designer corse Piatoni, découpées au laser dans un seul morceau de bouleau sans vis ni colle. Tandis qu’à Good Design Store à Nice, on découvre les créations en chutes de pierres de marbrerie, signées Neolithique. « J’aime créer des objets désirables, fabriqués à petite échelle à partir de trouvailles que je valorise le plus simplement possible », confie Dominique Trapp, qui assemble à la main ses candélabres de marbre à l’allure résolument baroque. À partir de restes de feuilles dorées d’imprimerie, le designer low-tech décore avec amusement des plateaux de backgammon sur pierre de Mareuil. L’upcycling est devenu l’un des chemins buissonniers d’une économie circulaire, et certaines maisons parisiennes y ont forgé leur identité, à l’image de Maximum qui fabrique du mobilier à partir de déchets industriels ou encore de FabBrick, qui réinvente le revêtement mural des espaces intérieurs avec ses briques en textile revalorisé.

Réinventer les usages

Pour ses lampes, décorations de miroir et pieds de table, Dzovag Kotchian a puisé dans les esthétiques ancestrales : « Quand on regarde l’architecture en Amérique latine, en Afrique, en Europe et même les maisons bretonnes d’autrefois, la terre crue était très utilisée et j’ai souhaité l’employer à l’échelle de l’objet ». Le résultat, après six mois de travail pour mettre au point le procédé : une structure en métal trempée à plusieurs reprises dans des bains de terre liquide, puis stabilisée grâce à des huiles essentielles, et à l’origine d’un minutieux rendu dentelle. Penseur d’architectures nomades, humanitaires, minimalistes et poétiques, le designer industriel Marc Ferrand crée des unités fondamentales à déployer à toutes les échelles, du bijou jusqu’au bâtiment, en passant par la bibliothèque. Présentée chez Bel Œil à Nice, sa collection Jamais Content, en bois assemblés grâce à une croix de bronze, est une célébration de la belle matière, de l’épure. Elle invite l’imaginaire à des constructions infinies chez soi.

Pièces uniques & métiers de la main

Passionnée par l’Antiquité, Léa Ginac mixe l’ancien et le contemporain dans ses collections de mobilier, d’objets et de luminaires sculpturaux. Ayant grandi auprès d’un père antiquaire, la designer est une ambassadrice des savoir-faire et du fait main, bien loin de l’idée de consommation : « Ce que je mets en avant c’est un design de ressources humaines, car je travaille avec une famille d’artisans : un tourneur, un staffeur, un ébéniste… On réalise de petites séries de style intemporel, sur commande, pour éviter les effets de mode ». Ainsi, les créateurs de demain redeviennent artisans en récupérant et en développant leurs propres matériaux, la durabilité rimant avec acte créatif. Et Lionel Mesens, enseignant en Mastère design, recherche, innovation et développement à Condé de conclure : « La mode du jetable des années 1990 et 2000 est un peu passée. Les entreprises changent, et même s’il y a beaucoup de green washing, elles doivent s’inscrire dans une démarche RSE. Aujourd’hui, un nouveau terme est en train d’émerger, celui d’artisan designer ».

Dominique Trapp récupère les chutes de marbre pour créer ses candélabres (Néolithique).
Les meubles en briques de tissus revalorisés, imaginés par FabBRICK.
La suspension Assy, en bouleau découpé au laser, du designer Jean-Luc Alfonsi (Piatoni).
Pour ses lampes en terre crue, Dzovag Kotchian utilise un procédé dérivé de techniques ancestrales.
La bibliothèque à l’architecture modulable, pensée par Marc Ferrand (Collection Jamais Content)
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