Il y a 10 ans, le cabanon était inscrit au patrimoine mondial de l'unesco parmi 17 sites de le corbusier. un refuge en bois qu'il avait dessiné pour lui, de l'architecture à tout le mobilier.
On connaît Le Corbusier (1887-1965) pour des projets phares de la modernité : la Villa Savoye à Poissy, avec ses pilotis et fenêtres en bandeau, ou la Cité radieuse à Marseille, aboutissement de ses recherches sur le logement collectif. « A la différence de ce grand ensemble en béton extraordinaire, il a aussi construit pour lui ce cabanon, à une époque où il était déjà extrêmement connu. Architecte, urbaniste, peintre, il avait les moyens de bâtir pour son compte une villa, mais il fait le choix de ce petit module de moins de 15 m², en bord de Méditerranée. Un refuge dans le Sud, où il viendra avec sa femme Yvonne », raconte Antide Viand, administrateur du pôle patrimonial Cap Moderne (comprenant aussi la villa E-1027 d’Eileen Gray, les Unités de Camping de Le Corbusier et le bar-restaurant L’Etoile de mer) à Roquebrune-Cap-Martin.
une construction née d’une amitié avec son voisin
La décision est prise en 1951 et le projet voit le jour un an plus tard à peine. L’architecte fait ses croquis et les envoie à Charles Barberis, avec qui il a collaboré pour la Cité radieuse. Le menuisier réalise l’ouvrage et livre l’ensemble à Roquebrune. Pourquoi sur ce site ? Il faut pour cela revenir dans le temps. « Le Corbusier est d’abord venu à la Villa E-1027 voisine, construite par Eileen Gray et Jean Badovici. Ce dernier l’invita en 1937, puis en 1938 et en 1939. C’est là qu’il proposa de peindre un certain nombre de murs, dans un esprit expérimental où il cherchait la relation entre peinture et architecture. Ce n’est qu’ensuite que Badovici s’interrogera sur le bien-fondé de ces peintures par rapport au projet initial », poursuit Antide Viand. Après ces premières visites, Le Corbusier loue la villa dix ans plus tard pour travailler avec ses collaborateurs au plan d’urbanisme de Bogotá. Il n’y a sur place aucun commerce, si ce n’est la cabane de pêcheur où Thomas Rebutato vient d’ouvrir en 1949 un bar servant des casse-croûte. Les deux hommes sympathisent et Rebutato cède un petit bout de terrain à l’architecte pour qu’il construise sa cabane. Le projet est né et l’un des murs du Cabanon est ainsi celui de L’Etoile de mer.
un retour à la nature avec les codes le corbusier
N’allons pas donc imaginer l’architecte en train de créer tout seul son refuge avec du bois, une scie et des clous au bord de l’eau. Le préfabriqué envoyé par Barberis est conçu comme une extension, et sa cuisine est située dans le bar-restaurant voisin. Le mobilier y est restreint et ses formes fonctionnelles. « Il n’y a qu’un lit, celui de son épouse, et Le Corbusier dort sur un matelas directement posé au sol. Il est là pour se détendre, c’est le camping, les vacances ». L’entrée du Cabanon consiste en un petit couloir rose étroit à paravent. En tournant sur la droite, on a alors une sensation de dilatation de l’espace en arrivant dans la pièce principale, pourtant de taille réduite. « Quasiment un siècle après le philosophe américain Henry David Thoreau, qui a vécu deux ans dans une cabane au lac de Walden, Le Corbusier fait un retour à la nature ». C’est ici qu’il passera les derniers jours de sa vie en 1965 : il mourra lors d’une baignade au large de la plage du Buse en contrebas. Par sa sobriété et sa fonctionnalité, le Cabanon reste un témoignage inestimable de la vision de l’architecte avec ses faux plafonds pour ranger les valises, son meuble-armoire, sa table-bureau et sa colonne sanitaire à lavabo. C’est un retour à l’essentiel, aux besoins vitaux, à la simplicité, et à la différence de ses projets en béton, cette architecture fragile est entièrement réversible.

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