Jusqu’au 1er novembre, l’abbaye de La Celle inaugure sa nouvelle vocation de Centre départemental de photographie du Var avec une exposition à la mesure de l’ambition : « Solitudes insulaires », signée Klavdij Sluban, photographe français d’origine slovène né à Paris en 1963, lauréat du prix Niépce, du Leica Award ou encore du prix de l’académie des Beaux-Arts de l’Institut de France. Voyageur infatigable, l’homme mène depuis plus de vingt ans une réflexion sur les espaces d’enfermement, qu’il ait photographié des détenus à Fleury-Mérogis aux côtés d’Henri Cartier-Bresson, des camps disciplinaires de l’ex-URSS, ou les confins du monde. Ici, ce sont les îles qui deviennent son sujet : ces bouts de terre qui, à ses yeux, constituent une limite aux déplacements des hommes et ressemblent, par leur isolement même, à des espaces de réclusion.
L’exposition, pensée par le commissaire Ricardo Vazquez, fait dialoguer deux archipels aux antipodes l’un de l’autre, tant par la géographie que par l’histoire : le Japon et les îles Kerguelen. Dans le dortoir de l’abbaye, la série « Divagation sur les pas de Bashō » retrace le voyage entrepris par Sluban en 2015 entre Kyoto et Tokyo, sur les traces du poète du XVIIe siècle. Cinq cents kilomètres parcourus à pied, en dialogue silencieux avec les haïkus de Bashō, dont naît une méditation photographique où la neige unifie les paysages et rappelle la fragilité de toute présence humaine — qu’il s’agisse du torii de Miyajima happé par les flocons, ou de l’ancienne prison pour prisonniers politiques d’Abashiri, à Hokkaido, où les températures hivernales plongent jusqu’à -30°C.
Dans le réfectoire, changement radical de latitude avec « Jours heureux sur l’île de la désolation », fruit d’une résidence de trois mois menée en 2012 sur les îles Kerguelen, ces « îles de la désolation » ainsi baptisées par l’explorateur anglais James Cook en 1776. Perdu entre les quarantièmes rugissants et les cinquantièmes hurlants, à 3 500 kilomètres de toute terre habitée, le photographe y a affronté les vents perpétuels, la bureaucratie française et des paysages où seuls quelques scientifiques, français et norvégiens, séjournent encore sur la base de Port-aux-Français. De cette nature intraitable, plus hospitalière aux manchots et aux éléphants de mer qu’aux hommes, Sluban tire des images d’une désolation presque picturale, entre fantômes d’anciennes stations baleinières et vestiges de décharges où l’histoire industrielle affleure sous le ciel subantarctique.
Deux archipels, deux latitudes, une même sensation : celle d’un temps suspendu et d’un isolement qui, à l’abbaye de La Celle, lieu de spiritualité et de silence, trouve un écrin naturel. Noirs profonds, blancs incertains, gris hésitants, le vocabulaire plastique de Sluban se love dans l’architecture poétique du monument, offrant aux visiteurs un voyage entre l’intime et l’universel.
Klavdij Sluban, « Solitudes insulaires »
Abbaye de La Celle – Centre départemental de photographie du Var
9 place des Ormeaux, La Celle
Jusqu’au 1er novembre 2026, du mardi au dimanche (fermé le lundi) de 10h à 17h30 (septembre à novembre)
Visites guidées en présence de l’artiste le 13 octobre à 15h.
Entrée libre.
Tél. 04 83 95 18 70
http://abbayedelacelle.fr

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