

Hervé di rosa ne tient jamais en place et use des continents comme d’un vaste atelier. nous l’avons intercepté à Paris, à l’occasion d’une exposition au musée du quai Branly.
Le flot de paroles qu’il déverse fait immédiatement penser à l’outrance et à la démesure qui forment son univers artistique. Hervé Di rosa (HDr) nous reçoit dans son loft-atelier de l’avenue Barbès – qu’il occupe quelques jours par mois – à l’occasion d’une carte blanche que lui donne le musée du quai Branly (cf. encadré). le reste du temps, le cofondateur de la Figuration libre, mouvement qui explosa les codes de l’art français dans les années 80, réside à lisbonne, où il vient tout juste d’emménager avec femme et enfants. auparavant, ils étaient à séville, et puis avant à Mexico, à Miami ou quelque part sur la planète que l’artiste a choisie comme « vaste atelier » depuis les années 90. sa série Autour du monde, véritable croisade odysséenne, est formée des « croisements inspirés liant les techni ques locales à ses visions propres (rené Faroux) ». lors de sa première étape à sofia, en 1993, HDr s’initia aux techniques de l’icône bulgare et, un an plus tard, au Ghana, à la fabrication des enseignes publicitaires peintes d’après photographie. la cinquième étape le conduisit au vietnam dans l’atelier d’un maître laqueur, puis il y eut l’éthiopie, l’afrique du sud, Mexico, Cuba, etc. l’année dernière, séville marquait sa 18e étape. L’art modeste « l’art modeste regroupe des formes d’art marginales, périphériques, sans prétention et écartées du champ des histoires savantes de l’art. il n’y a pas d’artiste modeste, selon moi, mais des oeuvres qui le deviennent par le regard qu’on porte sur elles. au nom de qui et de quoi ne devrait-on pas attribuer à ces drôles de productions nées de traditions ancestrales ou de l’invention naturelle des hommes les qualités artistiques indéniables qu’elles possèdent ? l’habileté de ces artisans mais surtout leur don pour la synthèse et l’agencement inédit des formes les rendent remarquables. Je n’ai pas honte de dire qu’il y a parfois dans un cadeau Kinder plus d’invention formelle que dans une sculpture contemporaine ! On ne met pas tout et n’importe quoi dans l’art modeste, cependant. il y a des artistes très différents, j’en ai bien conscience, mais mon classement se fait toujours horizontal jamais vertical. On peut parler de catégories, de territoires précis, mais pas d’art « high and low ». l’histoire du bon goût et du mauvais goût n’existe pas pour moi, elle n’est qu’une question d’appréciation sociale. » sens de L’aLtérité « Mon propos n’est pas l’exotisme, loin de là. le point de départ n’est même pas le pays dans lequel je me rends, mais une ville en particulier, et parfois même une communauté spécifique comme celle des Haïtiens à Miami en 2004, qui m’a appris la technique des voudou flags, ou celle des bronziers à Foumban, au Cameroun, qui fut le point d’orgue de mon sens de l’altérité, du caractère de l’autre dans sa différence. C’est travailler avec eux qui m’intéresse, apprendre avec eux, échanger avec eux. Je m’adapte, je colle mon alphabet formel à leurs techniques, à leurs cultures, une façon de me faire coloniser à mon tour, un juste retour de médaille en quelque sorte [rires]. »

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