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Il dirige une agence mentonnaise fondée en 1967. Avec sa Villa KT à la Turbie aux volumes audacieux, il a remporté le prix « Logement individuel S » du concours ArchiCOTE 2014. Rencontre.
Pour lui, l’architecture est une histoire de famille. « Mon grand-père était déjà architecte et mon arrière-grand-père tailleur de pierres », s’amuse Jean-François Alessandra. C’est en voyant sa sœur confectionner des maquettes qu’il se prend aussi de passion. Après avoir collaboré dix ans dans l’agence de son père, il prend sa suite en 2007. Sa spécialité aujourd’hui ? La création de villas. Et autant le dire d’emblée, les demeures qu’il croise à Menton ne sont pas vraiment sa tasse de thé. Il s’indigne : « Nous avons le sublime musée Cocteau de Ricciotti mais, dans le domaine privé, ce qui pousse sur nos collines comme des champignons, ce sont des cigalouns. » Traduisez : des maisons avec tuiles génoises, des volets verts et des murs vanille-fraise qui lui font penser à des parfums de glace. « On parle de villas provençales, mais nous sommes plus ici en Ligurie ! Si les règlements d’urbanisme imposent ces teintes stupides, quand on est en zone ABF (Architectes Bâtiments de France), on peut heureusement les éviter », ajoute-t-il avec soulagement. Sa palette à lui fait place à la clarté, au blanc.
S’entrechoquer, se compléter
Installée sur un site escarpé en contrebas d’une route, la Villa KT pour laquelle il a été primé est habillée d’un toit végétalisé. Elle se fond ainsi naturellement dans le paysage. L’un des éléments les plus impressionnants de ce chantier ? « Nous avons fait le minimum de terrassement sans évacuer un gramme de terre, témoigne Jean-François Alessandra. La maison est venue se poser sur le terrain sans abîmer les restanques. Elle est ancrée sur la première, a des pilotis sur la deuxième et un porte-à-faux sur la troisième. » Il poursuit : « Ce qui est cocasse, c’est qu’une amie m’a dit que cette maison parvenait à faire la synthèse entre les courbes de Niemeyer et les formes cubiques de Mallet-Stevens. Or ce sont les deux architectes qui m’ont le plus marqué ! » Pour imaginer cette demeure de 90 m2 à la vue imprenable, il a d’abord tracé un quart de cercle face à la mer. C’est ainsi qu’est née la pièce maîtresse, un salon 100 % vitré. De l’autre côté, il souhaitait faire une chambre parentale rectangulaire. Il a alors l’idée de créer un patio incurvé entre les deux, qui vient chercher ces formes.
Le jeu des ombres portées
Le béton blanc et les menuiseries en aluminium sont les matériaux phares qu’il utilise dans toutes ses constructions. Sauf peut-être pour sa propre maison, un chantier qu’il a dû mener en dix semaines : « C’est un terrain avec une bergerie sur trois niveaux en pierre de plus d’un siècle et qui est devenue mon bureau. Les temps de séchage du béton étant trop longs pour le timing, je lui ai accolé une bâtisse contemporaine à ossature bois ». Avec son isolation à base du même matériau et ses fenêtres oscillo-battantes ouvertes sur l’horizon, elle offre un grand confort thermique. Et parmi les travaux en cours de l’architecte, il y a ce projet d’extension d’une demeure des années 30 à Roquebrune. « C’est un terrain tout en longueur coincé entre deux axes majeurs. Pour éviter de faire un bloc, nous allons jouer sur des volumes latéraux. L’architecture et la sculpture doivent être liées. »
Par Tanja Stojanov
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