Irina Brook

Irina Brook…

 
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La nouvelle directrice du Théâtre National de Nice est naturelle, passionnée, sans détour. Elle prône un théâtre populaire de haut niveau, accessible à la jeunesse et ouvert sur le monde.

Elle a été bercée par le théâtre de son père, un théâtre très expérimental dans les années 70. « J’ai fait toutes sortes de voyages étant enfant, à la découverte d’autres cultures. On partait dans des villages africains et on déroulait un tapis sur le sol comme décor », s’amuse Irina Brook. La fille du célèbre metteur en scène Peter Brook et de la sublime Natasha Parry, a rêvé un temps de devenir une star du grand écran. Après des études d’art dramatique auprès de Stella Adler à New York, elle enchaîne plusieurs tournages en tant qu’actrice. Une époque qu’elle évoque en souriant, avec la maturité de ses 50 ans : « J’ai ramé pendant dix années à vouloir être normale ! Et puis j’ai découvert le théâtre physique de Jacques Lecoq, fondé sur le mouvement du corps des comédiens. J’ai alors su ce que je voulais faire ». Timide, la blonde au regard doux participe à des stages qui jusqu’ici la terrifiaient, où des comédiens sautillent allègrement alors qu’elle est plutôt réservée. Elle renoue ainsi avec une partie de son enfance, ce sentiment que tout est possible, cette impression de liberté.

Molière du metteur en scène
Dans les années 90, la vie de cette artiste, qui se joue des catégories, prend un tournant majeur. Elle découvre sa vocation pour la mise en scène avec sa première production, Beast on the Moon, de Richard Kalinoski. Elle décrochera cinq Molières avec l’adaptation française de cette pièce. Dans le répertoire d’Irina Brook, il y a La Ménagerie de verre de Tennessee Williams, La Bonne âme du Se-Tchouan de Bertolt Brecht, ou encore des créations d’après Shakespeare comme Juliette et Roméo, En attendant le Songe, Tempête ! Si elle a baigné dans l’univers de cet auteur mythique étant enfant, déclamé ses premières répliques avec ses pièces, passé un été comme ouvreuse au Royal Shakespeare Theatre, pour cette franco-britannique « il faut retraduire toute son œuvre ». Elle précise : « Shakespeare, c’est le théâtre debout au Globe Theatre, c’est le passage du plus grand à la rue, un théâtre populaire de haut niveau. Cela marche en arabe, en russe, en japonais… ce doit être le cas en français ». Rien d’étonnant alors à ce que l’on retrouve dans le programme qu’elle a concocté pour la rentrée le festival Shake Nice ! aux côtés du Printemps des femmes et de l’ éMOI en scène.

La musique, la danse et le cirque

Si on lui avait soufflé il y a quelques années qu’elle se retrouverait à la tête d’un Centre Dramatique National, cette inclassable, qui n’a pas la langue dans sa poche, aurait sursauté : « Je disais non, jamais de la vie ! Je ne veux pas m’enfermer dans une structure, je veux continuer d’être libre avec ma compagnie. » Mais pour la petite fille qui adorait répéter le mot « nice » en anglais, bien qu’on lui disait que c’était très niais, venir dans la ville éponyme sonnait un peu comme un présage. Nommée à la tête du TNN en janvier, elle a débuté l’été par un acte fort. Une tournée à travers la ville avec Une Odyssée d’après Homère, une des spécialités de sa compagnie Irina’s DreamTheatre depuis toujours, pour ouvrir le théâtre sur la cité : « Nous avons eu la folie de la faire de manière improvisée, à la dernière minute, ce qui peut être angoissant pour ceux qui n’ont pas l’habitude. Mais cette rencontre avec le public a été magique. » Pour Irina Brook, il y a toujours ces petites notes après chaque représentation de Tempête ! qui font sans cesse évoluer le spectacle. Plutôt que des têtes d’affiche, elle préfère mettre le travail de tous les comédiens au centre. Le théâtre d’Irina est coloré, tourné vers des collaborations internationales d’envergure et les compagnies régionales. Il se nourrit d’un idéalisme sincère, fêtant l’humanité, « sa fragilité, sa violence, sa beauté ». C’est une expérience généreuse. www.tnn.fr

Par Tanja Stojanov

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