… a fait un beau voyage, avant de revenir vivre sur sa terre natale à Nice. Heureux qui sait entendre la poésie de ce philosophe des temps modernes qui nous livre un dernier album puissant et intime, Parabellum.
Né à Nice en 1980, le jour de la Saint-Parfait précise-t-il, Bensé – de son vrai nom Julien Bensénior – commence à jouer de la guitare à trois ans, du piano à sept avec à ses côtés son premier fan, Jil son petit frère. Comme les deux doigts d’une main, ils habitent la musique et enchantent les ruelles du Vieux-Nice de leur jeunesse, jouent dans les bars, la rue, les hôtels. Guitare-voix, basse, harmonica. Folk avant tout. Parallèlement à l’amour saltimbanque de la musique, Bensé part à Paris, intègre Sciences Po et confirme sa folle appétence pour la littérature et la philosophie grecque. Cette tête si bien faite est habitée par la flamme d’Épicure, les chants des sirènes, les miroirs et les ombres de ses pensées.
Jamais sans mon frère
Jil monte également à Paris et la capitale accueille à bras ouverts les deux frères. Des petites scènes aux plus grandes, un manager, un label et la folle vie qu’est capable d’offrir Paris. Jil accompagne Bensé à la basse, ils voyagent et découvrent de nouveaux horizons sonores. Ils s’accordent si bien qu’aucun ne fait de l’ombre à l’autre. Au contraire, la lumière entre eux se partage. Le groupe Jil is Lucky se monte avec des amis musiciens et toujours Bensé qui, cette fois, accompagne son cadet. Le tube The Wanderer change tout pour cette formation qui chante en anglais. Mettez vos oreillettes, cherchez ce titre folk tzigane psychédélique… Oui, c’est bien lui qui a envahi nos ondes et nos têtes en 2009. Le succès se vit toujours aujourd’hui à deux, l’un n’étant jamais loin de l’autre, à la vie comme à la scène. Bensé écrira d’ailleurs en 2008 une chanson pour Jil, sobrement intitulée Mon frère, sublime déclaration d’amour fraternel :
[…] Si on vit vieux, même grabataires
On s’racontera encore les mêmes conneries
Nos bons aïeux six pieds sous terre
Seront fiers au Paradis
De mon frère. Mon frère.
Un cinquième album solo
Auteur-compositeur-interprète de son dernier opus Parabellum, Bensé y dévoile une exigence et une maturité assurées, celles d’un quadra qui ne laissera pas ce monde fou emporter le sien. Si vis pacem, para bellum. (Si tu veux la paix, prépare la guerre.) « Je pense à Charles Péguy qui disait que les pères de famille étaient les derniers aventuriers du monde moderne », confie-t-il. Oui, c’est certainement celle-ci, l’odyssée de Bensé, celle de l’homme qui, désormais, est avant tout un père, ce héros très discret qui nous livre, avec ce cinquième album solo, son manuel de survie dans une apocalypse ambiante.
Les copains d’abord
« Je pense à mes amis », aux amis du Sud. Ce sont eux qui décideront Bensé à revenir vivre à Nice, avec ses deux descendants, sa femme et son persan. L’amitié comme une valeur essentielle, un vrai luxe. Vous le croiserez avec sa bande d’amis à La Treille, cette adresse confidentielle qui se chuchote pour ne pas attirer trop de monde. Les vins bios s’y partagent en riant à plusieurs, à l’ombre, à la fraîche. Et le monde de Bensé sera bientôt au complet, un monde qui tournera certainement un peu plus rond pour l’artiste, ici à Nice ; son frère Jil sera lui aussi de retour dans quelques semaines sur les terres qui ont bercé leurs jeunes années. Jamais sans mon frère. Pour le plus grand bonheur de Martine, leur maman. Si, pour le dessinateur de presse disparu Georges Wolinski, « L’humour est le plus court chemin d’un homme à un autre », les chansons de Bensé sont, elles, le plus court chemin d’un cœur vers un autre.

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