« Hygie et Panacée »
De la déesse grecque Panacée, qui dispensait aux hommes des remèdes par les plantes, à sa sœur Hygie, symbole d’hygiène et de santé, l’artiste sculpte ici le savon sur un thème de circonstance.
Par Tanja Stojanov – Photo François Fernandez

Panacée (en trois versions) et Hygie (à droite), déesses grecques du soin, en savon, symbole de l’hygiène.
Pour la réouverture de la galerie Eva Vautier à Nice, Frédérique Nalbandian interroge le thème de l’hygiénisme en allant puiser aux sources de l’art antique. L’artiste, diplômée de la Villa Arson et qui a fait dès le départ du plâtre et du savon ses matériaux de prédilection, donne à voir dans cette exposition des volumes d’une remarquable virtuosité technique. Entre la sculpture d’Hygie, dont la présence massive presque virile semble évoquer les plus belles heures de la période classique, et celle de Panacée, déclinée en trois variations et dont les plis ne manquent pas de rappeler l’expressivité de la période hellénistique, c’est un peu l’histoire de la statuaire grecque que l’on traverse ici avec modernité. Car oui, le visiteur est aussi invité à s’adonner sur place à un rituel très contemporain qui questionne le statut de l’œuvre : mouiller ses mains et les frotter sur la savonneuse Hygie à la sensorialité évidente, avant de clouer sa serviette au mur comme s’il s’agissait de conjurer le sort. Plus évolutives qu’éphémères, les sculptures de Frédérique Nalbandian s’inscrivent dans la temporalité par le truchement de l’eau.
En plus de dessins au savon et de broderies plâtrées, qui renvoient aux origines de la famille de l’artiste dans l’univers des tapisseries anciennes, l’exposition présente également des colonnes torses emblématiques de son travail. Des piliers baroques à la chair de rose, qui soutiennent l’édifice pour ne pas qu’il s’effondre. Fan des textes de Francis Ponge, lui qui a su parler de l’orange, de l’huître et aussi du savon avec une authentique saveur des mots, l’artiste délivre ainsi un travail d’une évidente puissance avec humilité. Une exposition à voir absolument.
Jusqu’au 30 juin
Galerie Eva Vautier
2 rue Vernier, Nice

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