«Nos mouvements de consommateurs peuvent devenir un mouvement politique»
Spécialiste des questions de géopolitique de l’environnement et des migrations, François Gemenne est professeur à HEC Paris et chercheur qualifié du FNRS à l’Université de Liège. Auteur principal pour le sixième rapport du GIEC, il enseigne également les politiques climatiques et les migrations internationales dans plusieurs universités. À l’heure où les oiseaux de mauvais augure se permettent de commenter la pluie et le beau temps sur le dérèglement climatique, rencontre avec un véritable expert du sujet qui n’est pas avare en solutions.
Sécheresse, incendies ou inondations : avons-nous l’impression que le climat devient hors de contrôle ? Est-il encore possible de nous rassurer ?
Les gaz à effet de serre ont une durée de vie très longue dans l’atmosphère, et tant que nous continuerons à en émettre, leur concentration augmentera. C’est un peu le principe de la baignoire : tant que l’on fait couler de l’eau, celle-ci finit par déborder. Couper l’eau du robinet équivaut à atteindre la neutralité carbone. Ce n’est qu’à partir de ce moment-là que nous pourrons stabiliser le taux de concentration des gaz à effet de serre. Tant que cette neutralité carbone n’est pas atteinte, nous sommes condamnés à voir les températures grimper, entraînant ainsi des impacts croissants du changement climatique.
Le gouvernement s’est fixé comme objectif de renouveler 10 % de la forêt française et de planter un milliard d’arbres d’ici 2032. Ce type de mesure a-t-il un réel impact ?
Clairement. Réussir la transition écologique nécessite des programmes de reforestation, tout en luttant contre la déforestation. Les forêts ont une importante capacité d’absorption du CO2. Cependant, si ces programmes remplacent une véritable politique de décarbonation, ils ne pourront pas fonctionner, car les arbres n’absorberont que le surplus d’émissions supplémentaires.
La lutte contre le dérèglement climatique
passe-t-elle aussi par des initiatives locales ?
Bien sûr, la future giga-usine de panneaux photovoltaïques de Fos-sur-Mer est un excellent exemple. La décarbonation peut aussi être une source de croissance et de développement économique. La réindustrialisation de la France doit se faire autour des industries de demain, et l’énergie solaire en fait indéniablement partie.
Quels gestes pouvons-nous adopter afin de collectivement rendre l’avenir meilleur ?
Trier nos déchets, louer des équipements plutôt que de les acheter, et repenser nos envies de consommation. Nous assistons à l’avènement de la seconde main, y compris dans des secteurs comme l’électronique. Nous avons trop longtemps vécu dans un mythe culturel de la surconsommation ; il est urgent de nous en départir.
Ce changement doit-il venir uniquement des citoyens ?
Il faut avant tout montrer aux gens pourquoi la transition peut être dans leur intérêt. Illustrer que des transports décarbonés peuvent être plus efficaces et moins onéreux, ou que des logements décarbonés peuvent être plus confortables. Il est également crucial de mettre fin à la distorsion de concurrence existante sur le marché, qui fait que les produits à forte empreinte carbone sont souvent moins chers que ceux qui sont décarbonés.
Et si nous devions commencer par un acte concret, lequel serait-il ?
Beaucoup de personnes ne réalisent pas que leur plus grand levier de décarbonation est souvent leur épargne. Nous ne devons pas hésiter à demander à notre banque quels projets de transition énergétique elle finance. Aujourd’hui, de nombreuses banques proposent des produits d’épargne plus responsables en termes de transition ; il est préférable de choisir ces options. De plus, elles sont souvent financièrement intéressantes, donc nous en sortons gagnants.
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