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VIVRE SA VILLE

De la création de produits originaux aux nouvelles technologies de l’information et la communication, les entreprises azuréennes sont un véritable atout de la région. Economie, banque, immobilier, urbanisme, architecture… cette rubrique se place au plus près des initiatives et transformations de nos villes. Ici, le concours ArchiCOTE vient également tous les ans récompenser les projets d’architectes les plus engagés et inscrits dans leur territoire.

mars 2017

Sami-Georges Ben Haim

  • Le plaisir d’habiter les lieux

 

 
 archi sami benailme

Salon de l’appartement familial niçois repensé par l’architecte, avec une nouvelle harmonie crée à partir des éléments structurels de la pièce.

Le lauréat du prix Less is More 2016 a repensé à Nice un pied-à-terre accueillant un cabinet de consultation. Interview d’un jeune talent prometteur.

 

En quoi la fluidité est-elle fondamentale dans vos réalisations  ?
La première chose, c’est le plan. Sa lisibilité va se retrouver dans la construction des espaces. C’est très facile d’impressionner en ouvrant tout comme dans un loft. Pour ma part, je préfère travailler sur les passages entre chaque pièce, où le regard peut s’échapper vers ce qui suit sans buter sur les angles. On peut ainsi avoir une cloison entre deux pièces et l’ouvrir sur les deux côtés. J’essaye de me mettre à la place des gens, de créer des parcours de déplacement. Le beau pour le beau, je n’y crois pas.

 

Y a-t-il des constructions que vous appréciez particulièrement  ?
J’ai été plusieurs fois à Tel Aviv, où tout un quartier a été construit par des étudiants du Bauhaus. J’aime aussi beaucoup Philip Johnson et Mies van der Rohe, qui ont été des continuateurs de ces recherches avec l’architecture de la boîte de verre. Mais, en somme, je suis moins radical dans ma pratique. Mon but premier est de faire ressortir une émotion agréable, d’apporter de la douceur.

 

Quel a été le premier appartement que vous avez repensé de A à Z  ?
C’était un logement de 175 m2 à Nice. Le premier projet sur lequel j’ai eu complè­tement les rênes, sachant que les propriétaires font souvent eux-mêmes l’aménagement intérieur. Mis à part pour la cuisine, la salle de bains et la buanderie, dont j’ai reconfiguré complètement le cloisonnement – c’était très tarabiscoté –, je n’ai pas trop changé la place des choses. En creusant une niche, en décalant une porte, on peut modifier totalement la physionomie des lieux. Il y avait ainsi un couloir refermé sur lui-même. C’est devenu une pièce à vivre, avec deux niches pour les bureaux d’enfants, qui distribue toutes les pièces de la maison. Les portes étaient alignées sur le mur, je les ai reculées en jouant aussi sur les éclairages. On voit alors qu’il se passe quelque chose, sans savoir quoi.

 

Qu’en est-il du pied-à-terre pour lequel vous avez été primé au concours ArchiCOTE  ?
C’était à l’origine un vieil appartement, avec des moquettes murales et des dénivelés considérables au sol. On a donc dû tout démolir, faire de gros renforcements structurels avant tout. Comme dans les demeures bourgeoises classiques, la pièce à vivre et la chambre noble étaient situées côté rue. Or, ce pied-à-terre était destiné à accueillir aussi un cabinet de consultation. L’idée a donc été de créer un parcours du plus public au plus intime, avec un hall et le bureau à l’entrée, l’espace de jour pouvant servir de lieu de réunion, donnant sur une salle à manger avec cuisine pour les invités plus proches, puis vers la salle de bains et enfin la chambre. Lorsque l’on entre dans la partie appartement, la prochaine porte que l’on croise est ainsi celle de la chambre, tout à la fin.

 

Vous parlez pour qualifier ce projet d’« appartement d’artisan », pourquoi ?
Parce que tout a été fait sur mesure à l’intérieur. J’ai fait appel à un marbrier, un faïencier, un menuisier italien et à d’autres corps de métiers typiquement artisanaux. Dans le bureau, j’ai mis deux étagères filantes qui vont de mur à mur, sans qu’on ne voie jamais de fixation parce que j’apprécie les choses discrètes. J’aime tout dessiner, comme la cloison du salon qui a une fonction de séparation mais qui accueille aussi une bibliothèque donnant un rythme à la pièce. Je travaille également avec un éclairagiste et l’on réfléchit à la lumière dès la conception. J’essaye d’optimiser le moindre recoin, visible ou invisible, pour créer des espaces à vivre familiaux qui dégagent chacun à leur façon une ambiance de bien-être. Parce que rentrer chez soi et s’y sentir bien, c’est cela le luxe.

 

Par Tanja Stojanov