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PORTRAITS

Ils sont artiste, cheffe étoilée, designer ou apiculteur, pilote automobile ou créatrice de mode. Leur point commun ? Ces personnalités glamour ou au cœur de la vie culturelle, économique et sociale régionale sont les moteurs de l’actualité azuréenne. Découvrez sans filtre le témoignage de leur parcours, leurs rêves, leurs ambitions et leurs projets à venir.

décembre 2023

Pierre-  Emmanuel Durand

« La petite pêche locale favorise le lien social »

Par Tanja Stojanov - Photo Jean-Michel Sordello
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En Méditerranée, 90 % de la flottille de pêche est constituée de bateaux de moins de 12 mètres, à l’image de celui de Pierre-Emmanuel Durand. Pour le rencontrer, direction le Vieux Port de Golfe-Juan, où il installe chaque matin, sauf le lundi, son étal. Ceci évidemment quand la Grande Bleue a été clémente ! « Ce qui m’a fait venir à la pêche, c’est l’amour de la mer. Alors, si je pouvais me contenter de contempler le poisson pour vivre, je le ferais, lance ce passionné dans un éclat de rire. Comme j’ai toujours mangé des produits de la mer, je me suis dit un jour “autant les pêcher moi-même avec un maximum de respect de l’environnement”. J’avais travaillé avant comme moniteur de plongée, puis dans une ferme aquacole, mais la vie de pêcheur m’a apporté une connaissance de la mer, de sa biodiversité et de ses rythmes toute autre. » Dans ce métier, en effet, mieux vaut veiller aux cycles des espèces et garder un œil averti sur les astres.
« La pêche est différente selon la saison et, entre octobre et novembre, c’est le passage des dorades sauvages. La lune montante est généralement plus favorable aux mouvements de poisson et donc à la pêche. De même, les oursins peuvent être pêchés de mi-décembre à mi-avril, et ils sont pleins lorsqu’ils sont en période de reproduction », explique le pêcheur, qui vend ses oursins, chapons, langoustes et autres mostelles à des restaurants comme Le Bistrot du Port, à des particuliers mais aussi à des poissonniers et mareyeurs lors de grosses prises. Ici, les habitués aiment lui acheter ses oursins sur le port et les déguster dans les bars amis voisins avec un petit blanc. Plus qu’un métier, c’est tout un état d’esprit : « Déjà, entre pêcheurs, nous sommes organisés en prud'homie, un système qui remonte à Colbert. Il y a des règlements nationaux, mais on se fixe en plus des règles communes pour permettre aux espèces de se ressourcer. On se répartit les zones et on décide des longueurs de filet. Ne pas exploiter les espèces est dans notre intérêt et celui du vivant. Et il est important de rappeler que la petite pêche côtière est plus respectueuse de l’environnement que l’aquaculture ou bien la pêche industrielle. Quinze petits pêcheurs, qui s’allient et vendent chacun le fruit de leur travail, c’est une répartition plus juste des ressources qu'avec les grosses entreprises. » Pour Pierre Emmanuel, la petite pêche n’est pas juste une activité professionnelle : « Sur mon banc, je discute avec des passants de tout âge, même s’ils ne mangent pas de poisson. Ces relations humaines, c’est aussi la richesse de notre métier. »

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