Par Eve Chatelet

Earthwake

Transformer les déchets en ressources

Samuel Le Bihan et l’inventeur Christopher Costes.
Samuel Le Bihan, Christopher Costes et François Danel.
 Le dispositif doit permettre d’apporter du carburant pour des groupes électrogènes.

« Mon métier de comédien m’a donné le privilège de voyager, de m’ouvrir au monde. Or il m’a été impossible de ne pas constater l’urgence environnementale et ses conséquences collatérales. Ma pratique du surf a rajouté une couche à ce triste tableau », confie Samuel Le Bihan, qui a vu les ravages du plastique sur l’état de nos océans, notamment en Indonésie. Plutôt que de se faire simplement ambassadeur de la lutte contre la pollution plastique, il a décidé d’agir, concrètement, à son niveau. C’est ainsi qu’est née l’association Earthwake en 2014, fondée avec des camarades du monde humanitaire comme François Danel, avec qui il était intervenu au sein d’Action contre la Faim. Lancée dans la continuité en 2020, l’entreprise Earthwake leur sert aujourd’hui d’outil pour soutenir l’innovation dans la valorisation des déchets plastiques, notamment via une solution technique fondée sur la chaleur : la pyrolyse.

Dépolluer, en créant une source d’énergie

« On cherchait des moyens de retraiter les déchets plastiques dans les pays à revenu faible ou intermédiaire. Un ami, qui organisait un concours low-tech, m’a alors parlé d’un inventeur qui avait mis en place un procédé de pyrolyse permettant de les transformer en carburant », se souvient François Danel. En quête d’alternatives, il se rend avec Samuel Le Bihan sur les hauteurs de Puget-Théniers : « À l’époque, on habitait tous les deux à Paris et on est descendus en hiver. Il neigeait en montagne et on se demandait ce qu’on faisait là ; c’est alors qu’on a rencontré Christopher Costes dans sa petite maison. Il allumait le feu avec un briquet et, une demi-heure après, le diesel coulait ! C’était incroyable et on s’est dit qu’on allait développer ce procédé avec lui. » Puis tout s’enchaîne : TF1 montre dans un reportage que la machine fonctionne, la commune de Puget-Théniers prête un local où Christopher peut travailler, François pilote la structuration financière d’Earthwake depuis Paris et Samuel déménage à Nice – pour tourner la série Alex Hugo. Ils inaugurent un second site à Jonquières dans le Vaucluse, où les équipes s’activent pour industrialiser la technique et changer d’échelle.

Recréer des sacs et flacons de shampoing

« Comme le plastique est fabriqué à partir de pétrole, en chauffant les déchets à 450 degrés sans oxygène on revient à l’état d’origine et l’on peut obtenir du gasoil », explique François Danel. Si la machine a besoin d’une première dose d’énergie pour s’amorcer, elle a l’avantage de générer ensuite de la chaleur et d’être autonome à 80 %. Elle produit un carburant utilisable dans les groupes électrogènes, qui produisent de l’électricité. Dans des zones où l’industrie et le tourisme émettent beaucoup de déchets plastiques et où l’on importe quantité d’hydrocarbures, elle permettrait, plutôt que de les enfouir, d’en mobiliser une partie pour contribuer à la revalorisation et à l’emploi local. De même dans l’Hexagone, l’huile de pyrolyse pourrait servir à la pétrochimie, en remplacement du naphta fossile. Actuellement, Earthwake travaille avec un bureau d’études à l’homologation de sa machine, la Chrysalis, en vue de sa commercialisation en Martinique, à La Réunion, à l’Ile Maurice et auprès d’entreprises intéressées. Et Samuel Le Bihan de conclure : « On se voit comme des petits ruisseaux, qui apportent leur contribution dans des grandes rivières de solutions ».

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