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Michel Legrand, Didier Van Cauwelaert et Daniel Benoin, lors de la répétition de Dreyfus.
© Jaussein
Cauwelaert a écrit le livret de Dreyfus. Cet opéra, mis en musique par Michel Legrand, nous plonge dans les coulisses du scandale. Rencontre.
On connaît bien Didier Van Cauwelaert l’écrivain. Né à Nice d’une famille belge, il a notamment décroché le prix Goncourt pour Un aller simple et réalisé plusieurs pièces de théâtre. Mais sait-on que cet auteur a également imaginé le texte de plusieurs comédies musicales à succès ? De mai à juin, il présente Dreyfus à l’Opéra de Nice, une création lyrique mise en scène par Daniel Benoin.
Qu’est-ce qui vous a donné envie de créer pour la musique ?
Tout a commencé par ma rencontre avec Michel Legrand sur le trottoir du théâtre des Bouffes-Parisiens. Il m’a dit : « Je rêve de faire une comédie musicale inspirée du Passe-Muraille. Voilà une cassette, dites-moi ce que vous en pensez. » Je n’avais jamais écrit de livret, mais les airs qu’il avait composés m’ont raconté une histoire.
De quelle manière procédez-vous pour écrire le texte ?
J’aime donner à Michel le résumé de l’action. Il compose ensuite la musique, on se revoit, il la joue et je l’enregistre. Je l’écoute alors en boucle. J’associe tel air avec tel personnage ou telle situation, et je le traduis en mots. Cela n’aurait aucun intérêt que j’écrive le texte avant. C’est une contrainte d’où naît une forme libre.
Parlez-nous de la naissance de cet opéra sur l’affaire Dreyfus…
C’est en présentant à Jean-Louis Grinda notre prochaine création que l’idée est née. Dreyfus, condamné pour trahison, était innocent. Mais comment faire du neuf avec tel drame ? J’ai donc voulu parler des coulisses de l’affaire. Mettre l’accent sur le cynisme des comploteurs face à l’émotion de cet homme, broyé au nom de la raison d’État.
Pourquoi prendre le point de vue du « traître » pour le raconter ?
Esterhazy est un voyou, mais les véritables salauds, ce sont les trois généraux menés par Mercier. Ce dernier fait tomber dans les mains de l’officier de faux secrets militaires. L’opéra restitue ce trio jubilatoire et la truculence d’Esterhazy, dans un tumulte où la foule réclame un coupable. À une époque où l’antisémitisme fait rage, Dreyfus est tout désigné.
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