La maison des formes libres
Cette architecture-sculpture, porteuse de l’esprit expérimental et visionnaire de Jacques Couëlle, est désormais une résidence d’art pour mener des recherches, créer et collaborer.
À l’arrivée dans la propriété, un dragon en bas-relief surgit face à ceux qui osent s’aventurer dans son antre. Édifiée par Jacques Couëlle (1902-1996) en 1964 – la même année que l’inauguration de la Fondation Maeght à Saint-Paul-de-Vence –, la villa troglodyte de Mouans-Sartoux se développe tout en formes organiques, inattendues et généreuses, que le pionnier a puisées dans son observation de la nature. Ce chef-d’œuvre architectural fait partie d’un ensemble de cinq maisons de paysage dans le lotissement de Castellaras. Acquise par une holding londonienne, elle est un refuge pour la création internationale depuis 2024, loin du tumulte des villes. « L’architecte faisait ses maquettes avec du fil de fer, et il a façonné ces volumes dans un geste artistique spontané et rapide, comme en témoignent les sommets arqués des pièces », explique Maxime Combot, directeur de cette résidence d’artistes et ancien directeur du Domaine du Muy.
À la croisée de l’artisanat d’art et du design
Autres éléments emblématiques de la demeure : son patio central, rythmé par le ruissellement d’une fine cascade, et sa percée lumineuse à l’avant ouverte sur l’horizon. « Couëlle a toujours été pour moi une référence majeure et j’ai des souvenirs d’enfance incroyables, où je jouais à cache-cache dans les recoins du port La Galère, qu’il a construit à Théoule-sur-Mer », confie Olivia Cognet. Invitée à exposer ses pièces sur place jusqu’en novembre, la designeuse céramiste s’est laissée inspirer par les cavités, les renfoncements et volumes irréguliers. Spécialiste de sculptures habitables, elle a placé au salon un canapé aux lignes courbes et graphiques, qui suit l’ondulation des parois. Déjà à son époque, l’architecte français avait œuvré à quatre mains avec le designeur-sculpteur François Thévenin pour façonner les ferronneries qui marquent le caractère affirmé de la villa.
Une maison-atelier en osmose avec les artistes
Jacques Couëlle était ami de Picasso et Salvador Dalí, et en déambulant dans ce labyrinthe, on se croirait en Catalogne, tant les échos de Gaudí s’y manifestent. Les céramiques polychromes courent en escalier vers des fenêtres et leurs vitraux à la découpe brute. À l’ossature d’origine de la villa en béton projeté, son canapé mural et sa cheminée à niche, se sont ajoutées les traces des différents occupants. Les premiers propriétaires ont fait réaliser des volets en bois inspirés des visages stylisés de Jean Cocteau. Au bain, brillent des dizaines de tesselles de mosaïque comme le soleil se reflète sur celles du parc Güell à Barcelone. La demeure s’anime aujourd’hui d’un projet hybride de résidence de plasticiens et auteurs. « Nous accueillons des cohortes d’artistes visuels et figures curatoriales, penseurs et commissaires. Au fil des séjours, Dragon Hill organise des expositions qui en présentent les résultats », se réjouit Maxime Combot. Antony Gormley, Tony Cragg, Thomas Houseago, Alicja Kwade… autant de grands noms réunis dans le parc de sculptures au jardin. Ainsi, le projet contemporain entend prolonger l’élan de liberté insufflé par Jacques Couëlle.

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