Freak the system
Comment tout a commencé • • • « J’étais étudiante à ESMOD quand le stage de deuxième année m’a fait basculer du côté de la création réelle. J’ai intégré l’atelier d’Andrea Crews, pionnière de l’upcycling en France, et au bout de deux semaines j’ai su que je ne retournerais pas à l’école. Elle m’a engagée comme cheffe d’atelier et j’y suis restée deux ans et demi. C’est là que j’ai appris à déconstruire, détourner, réassembler, sans jamais perdre le sens du vêtement. En 2010, j’ai lancé ma première marque, Panthéone Paris ; je me suis fait connaître notamment avec ma robe-casquette. Sept années à pousser un streetwear détourné, puis une parenthèse comme directrice artistique pour Rivieras. Mon pseudo, Freaky Debbie, s’est imposé à ce moment-là : “freaky” pour le côté bizarre, l’envie de retourner les usages, détourner l’utilité d’un produit. Je l’ai même tatoué, il ne m’a plus quittée. »
Quand l’upcycling devient une signature • • • « En 2020, j’ai créé House of P, une agence qui produit du contenu pour les marques. Le premier confinement est arrivé, tout s’est arrêté, et j’ai replongé dans la matière brute : un stock de vêtements, une machine, l’envie de revenir à la pièce unique. Rework Paris est né comme ça, sans business plan, juste par nécessité de créer. Je trouve mon inspiration dans la rue, dans la vie, en moi avec tout ce qu’il y a à l’intérieur et qui vient d’ailleurs. La mode reste mon terrain de jeu le plus instinctif, mais ce n’est pas une frontière. J’ai déjà fabriqué un canapé, travaillé des pièces pour la scène, exploré des objets sportifs. Plus le marché bascule dans le jetable, plus j’ai envie d’aller du côté de l’exception, de la pièce qui se regarde autant qu’elle se porte. Temu et Shein cassent les prix, mais aussi la perception du travail artisanal : ça dévalorise tout un savoir-faire. Moi, je vais dans l’autre sens. »
Depuis Nice, une autre façon de créer • • • « Je me suis installée à Nice en 2023 avec ma famille. Ici, je retrouve un rythme qui me permet de penser mes projets avant de les envoyer ailleurs. La qualité de vie crée de la place dans la tête. Je peux fabriquer en paix, puis monter à Paris ou voyager quand il faut. Aujourd’hui, je ne fais plus de drops réguliers : je produis à la commande, pour des clients, des artistes ou des projets spéciaux. Mes pièces m’emmènent désormais au-delà du vêtement et au-delà du territoire : ma robe polo couture Lacoste a été exposée au Musée des Arts Décoratifs à Paris et à New York pour l’ouverture de leur flagship store, j’ai dévoilé ma Statue de la Liberté réalisée à partir de jupes plissées et survêtements. Enfin, ma Basket Ball Queen a été présentée à Osaka. Je m’oriente de plus en plus vers l’artiste que je suis, moins vers la créatrice de collections saisonnières. Je veux que chaque pièce existe comme une œuvre, pas comme un produit. »
[ 1985 ]
Naissance à Neuchâtel, Suisse.
[ 2010 ]
Lancement de ma première marque Panthéone.
[ 2012 ] Première collab’avec New Era et robe-casquette.
[ 2020 ]
Création de House of P + Rework Paris.
[ 2023 ]
Installation à Nice + robe Lacoste exposée au MAD Paris.
[ 2025 ]
Expositions à New York (Lacoste) et Osaka (Basket Ball Queen).
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