« Notre métier vit aujourd’hui de grandes transformations »
Directeur du département de médecine générale de l’Université Côte d’Azur, ce médecin généraliste porte une vision moderne, en collaboration avec les patients et l’IA.
« Ce que j’adore dans mon métier, c’est cette grande pluralité qui va de la prévention à la prise en compte globale des symptômes, avec chaque fois la singularité de chaque patient », s’enthousiasme David Darmon, qui a fait partie des 16 premiers chefs de clinique français en médecine générale. Au quotidien, le Pr Darmon exerce en maison de santé pluriprofessionnelle à Roquefort-les-Pins. Il facilite ainsi la coopération des acteurs du territoire, et la transition des soins entre ville et hôpital. Professeur des universités et vice-président en charge de la politique de Santé de l’Université Côte d’Azur, il coordonne également le DES de médecine générale, qui compte près de 300 internes : « Nous impliquons dans ces enseignements d’autres professionnels, comme des kinésithérapeute et sage-femmes, car les étudiants les rencontreront plus tard sur le terrain, et les patients font partie de l’équipe ». Un modèle qui a vocation à être diffusé dans les autres universités en France.
Les patients, experts de la vie avec la maladie
Engagé auprès des patients partenaires, avec l’appui du doyen de la Faculté de médecine, le Pr Darmon s’active pour faire reconnaître leur expertise expérientielle. « Lorsqu’ils sont atteints de maladies chroniques, ils ont une expérience très grande de la maladie. Nous essayons de les impliquer également dans la recherche et les soins, car ils peuvent partager leur vécu avec d’autres malades », poursuit le médecin, qui a fondé le Centre d’Innovation du Partenariat avec les Patients et le Public (CI3P) avec le patient partenaire Luigi Flora. Cette attention accordée au patient remet au premier plan la vocation principale de ce métier : soigner des gens. Aujourd’hui, la plupart des jeunes généralistes s’installent en cabinet libéral en ville et les centres pluridisciplinaires ont reconfiguré leur pratique. Offrant plus de liberté en termes d’emploi du temps, ils peuvent s’y concentrer sur des activités plus techniques, comme le dépistage des apnées du sommeil ou des gestes dermatologiques simples et de petite chirurgie.
Figure de proue de l’e-santé en soins primaires
« Je suis très attaché à la notion de médecin de famille, qui en connaît tous les membres sur plusieurs générations », poursuit le praticien, également impliqué dans des projets de santé numérique. Outre la délégation de tâches à des infirmières et pharmaciens pour faire face au manque de médecins, l’IA aide aussi à faciliter le quotidien. « Du chatbot pour orienter le patient vers le bon interlocuteur de santé, aux agents conversationnels qui rédigent une synthèse de l’entretien avec le patient, tous ces usages fluidifient les parcours et nous libèrent de tâches administratives. L’IA nous aide à croiser des données oui, mais l’interprétation de spécialistes médicaux reste indispensable », ajoute le Pr, qui a contribué à la création d’outils innovants pour le diagnostic et le suivi des maladies lors de la crise du Covid 19. Acteur de l’intégration de l’IA dans la formation médicale et du Living Lab de l’Innovation Hub de l’Université européenne Ulysseus, David Darmon incarne cette vision futuriste de la médecine, à l’intersection de l’innovation numérique et de l’engagement éthique.
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