Le festival niçois s’est installé dans le paysage du cinéma français sans perdre son esprit des débuts. Pour sa huitième édition, Daniel Auteuil présidera un rendez-vous qui continue de grandir à sa manière.
Il y a les festivals où l’on se montre et ceux où l’on se rencontre. A Cinéroman, pas de badge VIP ni de lieux privatisés. Ici, la grande famille du cinéma reste étonnamment accessible et l’événement décontracté. Pendant six jours, du 28 septembre au 3 octobre 2026, Cinéroman vivra au rythme de Nice et de ses habitants.
Né en 2019 à l’occasion du centenaire des studios de la Victorine, Cinéroman a pourtant considérablement grandi. Plus de 12 000 spectateurs aujourd’hui, une presse nationale de plus en plus présente et de nouveaux partenaires. Canal+, arrivé l’an dernier, confirme son engagement et renforce sa visibilité. La Ville de Nice continue, elle aussi, d’accompagner l’événement.
Grandir sans devenir une machine
La trajectoire est rapide, mais la fabrique reste étonnamment artisanale. Pas de lourde structure fonctionnant toute l’année. En coulisses, Nathalie Benoin cherche les partenaires, voit les films, échange avec les producteurs, distributeurs et agents, compose les jurys, convainc les talents. Une directrice de festival omniprésente, entourée d’une équipe resserrée et de fidèles qui ont accompagné l’essor de Cinéroman. Car artisanal ne signifie pas amateur. « On veut garder la dimension humaine mais ce n’est pas à la bonne franquette », insiste-t-elle. « On a voulu dès le départ soigner l’accueil, avoir des chauffeurs, des hôtels partenaires de choix… C’est incontournable d’être professionnel, sinon les gens ne reviendraient pas. Ça a pris beaucoup d’énergie car on n’a pas un bureau à l’année, on n’est pas dans le confort financier d’autres festivals. »
Une stratégie qui fonctionne puisque Cinéroman s’est fait un nom auprès de ceux qui font le cinéma. « Maintenant, tous les talents connaissent le festival. Qu’ils soient venus ou qu’ils ne soient pas venus, ils en ont entendu parler. » Une reconnaissance que la programmation 2026 vient conforter. C’est Daniel Auteuil, rare dans ce type d’exercice, qui prendra la tête du jury où se croiseront notamment Danièle Thompson, Bérénice Bejo, Sara Giraudeau, Vanessa Schneider, Manu Payet et Gaëtan Roussel. La compétition convoque, entre autres, Camus avec L’Etranger de François Ozon, Laurent Gaudé avec Chien 51 de Cédric Jimenez, Laurent Mauvignier avec Histoires de la nuit ou Giuliano da Empoli avec Le Mage du Kremlin d’Olivier Assayas.
« La bonne idée au bon endroit »
Vanessa Schneider peut en témoigner. Fidèle de Cinéroman avant de rejoindre cette année son jury, la journaliste et romancière observe son évolution depuis plusieurs éditions. « C’était la bonne idée au bon endroit et ça a fonctionné. Je pense qu’il y a un cercle vertueux. Il y avait tous les ingrédients pour que ça marche. »
Son regard prend cette année un relief particulier. Vanessa Schneider connaît de l’intérieur ce drôle de voyage qui mène d’un livre à un film. Dans Tu t’appelais Maria Schneider, elle racontait le destin bouleversant de sa cousine, révélée à 19 ans aux côtés de Marlon Brando dans le sulfureux Dernier Tango à Paris de Bernardo Bertolucci. Le récit est devenu en 2024 Maria, sous la caméra de Jessica Palud. Une adaptation d’autant plus délicate qu’elle touchait à une histoire familiale et intime.
Vanessa Schneider avait ainsi choisi de ne pas coscénariser Maria, tout en restant disponible. La réalisatrice lui fera finalement lire les différentes versions du scénario, l’associera aux réflexions sur le casting et l’invitera sur le tournage. « J’ai été très gâtée. Elle m’a énormément associée. » Mais pour elle : « Toute adaptation est une trahison. Je pense qu’il faut accepter qu’on est deux artistes différents et savoir laisser les clés du camion. »
De cette expérience, l’écrivaine tire une définition de l’adaptation qui épouse parfaitement la raison d’être de Cinéroman. Être fidèle ne signifie pas reproduire. Ce qui importe, c’est la fidélité à l’esprit de l’œuvre.
Vanessa Schneider imagine déjà une autre étape : « Ce serait formidable que Cinéroman soit un lieu où naissent des projets. » Un endroit où une rencontre entre un auteur, un producteur ou un réalisateur pourrait, un jour, se prolonger sur un écran. Dans deux ans, le festival fêtera sa dixième édition. Nathalie Benoin reste discrète sur la suite, même si quelques idées commencent à germer. « On sait où on veut l’emmener. » Comme si ces premières années n’avaient finalement été qu’un prologue.
Une histoire de famille
L’aventure Cinéroman se prolonge aussi avec la nouvelle génération. À 27 ans, Charles Benoin trace déjà sa route dans le cinéma. Avec sa société Atlas Pictures, il produit Only What We Carry, un long-métrage expérimental du Britannique Jamie Adams, tourné à Deauville en six jours et basé très largement sur l’improvisation. À l’affiche, Simon Pegg (tous les Mission Impossible), Sofia Boutella, Charlotte Gainsbourg et une surprise de taille : Quentin Tarantino qui passe cette fois devant la caméra. Présenté en juin dernier à New York au festival Tribeca, puis début septembre à celui de Deauville, le film poursuit désormais sa route jusqu’à Cinéroman.
Des livres à l’écran
La sélection 2026 confirme l’éclectisme de Cinéroman. François Ozon s’attaque au monument Camus avec L’Etranger, tandis qu’Olivier Assayas adapte Le Mage du Kremlin de Giuliano da Empoli. Cédric Jimenez transpose la dystopie de Laurent Gaudé avec Chien 51, Léa Mysius plonge dans l’univers inquiétant de Laurent Mauvignier avec Histoires de la nuit et Arthur Harari porte à l’écran le roman graphique Le Cas David Zimmerman avec L’Inconnue. La sélection explore aussi le réel avec L’Abandon, autour des derniers jours de Samuel Paty, ou Les Goûteuses d’Hitler. Côté avant-premières, Cinéroman ouvrira avec Changer l’eau des fleurs, adapté du succès de Valérie Perrin, en présence annoncée de l’autrice. Parmi les autres premiers titres dévoilés figure La Bola Negra, inspiré d’un texte de Federico García Lorca, avec Penélope Cruz.
Un jury à plusieurs voix
Daniel Auteuil présidera cette année un jury qui reflète bien l’esprit de Cinéroman : plusieurs générations et autant de façons de raconter des histoires. À ses côtés, Danièle Thompson, fidèle du festival depuis ses débuts, Bérénice Bejo, la singulière Sara Giraudeau, l’acteur et humoriste Manu Payet, la romancière et journaliste Vanessa Schneider ou encore Gaëtan Roussel, leader de Louise Attaque, récemment passé devant la caméra dans Le Fil de Daniel Auteuil, lui-même adapté d’un livre. La jeune génération sera représentée par Malik Frikah, révélé dans L’Amour ouf, et Luàna Bajrami, actrice et réalisatrice (Portrait de la jeune fille en feu).

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