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L’artiste d’origine niçoise représente la France à la 56e Biennale de Venise et métamorphose le Palais de Tokyo. Deux projets ambitieux qu’on vous rapporte en détail avec les protagonistes.
C’est Jean de Loisy qui l’affirmait le 15 avril dernier, au Tokyo Art Club : « Deux expositions absolument déterminantes dans [la]
carrière » de Céleste Boursier-Mougenot sont présentées en 2015. Et le président du Palais de Tokyo, temple de l’art contemporain parisien, de poursuivre par un éloge de cet artiste érudit peu connu du grand public, « dont le travail [le] passionne depuis longtemps »… En effet, avant même que Céleste ne soit choisi pour défendre les couleurs de la France à la 56e Biennale de Venise, cet artiste venu aux arts plastiques par la musique était déjà programmé au Palais de Tokyo. Ce qui donne avec « Rêvolutions » présenté dans la cité lacustre deux projets complètement dingues, invitant le spectateur à vivre une expérience totale qui, selon les propres mots de l’artiste, « dépasse le système de référence de l’art ». Pour ces deux installations, l’artiste a également conçu Les Marches, une œuvre hybride et modulaire, qu’il a imaginé en collaboration avec l’éditeur de design Smarin.
« Rêvolutions » à la Biennale de Venise
Jusqu’au 22 novembre 2015
Capable de toutes les alchimies, Céleste a choisi de mettre en mouvement les arbres des Giardini (les allées arborées du site) et trois spécimens installés sous la verrière du pavillon français, « qui se déplacent lentement en fonction de leur métabolisme », explique Emma Lavigne, curator du projet. Vous lisez bien, les arbres sont mobiles mais chantent aussi, produisant « leur propre partition sonore à partir des courants électriques basse tension qu’ils génèrent. » Dans cet « îlot onirique et organique », le visiteur pourra s’immerger, alangui dans des sofas, se laissant bercer par cet « océan de sons » et la projection d’images inversées des arbres et des nuages alentour, saisies en direct par deux camera obscura…
« acquaalta » au Palais de Tokyo
Jusqu’au 13 septembre 2015
« Cette installation qui métamorphose de manière inédite l’espace monumental du Palais de Tokyo modifie aussi ce que signifie « visiter une exposition », déclare sa commissaire Daria de Beauvais. Céleste a inventé un récit conviant le visiteur à partager une expérience immersive et onirique, qui conjugue l’artificiel et le naturel. » Dans la pénombre de la salle, les visiteurs
sont invités à naviguer dans des barques à fond plat sur une rivière artificielle, poursuivant un itinéraire orchestré par l’artiste. Cette véritable odyssée sensorielle est jalonnée par les images des silhouettes des navigateurs, captées en direct et projetées dans tout l’espace d’exposition.
« Le visiteur par la main »
« Ce qui me tenait à cœur avec ces deux nouveaux projets, déclare Céleste Boursier-Mougenot, était de pouvoir montrer une face plus sombre de mon travail. Des œuvres lumineuses, comme From here to ear, ont contribué à me faire connaître mais m’ont enfermé dans une zone « de confort » dont on ne voulait plus forcément que je m’extrais. Dans ces deux projets, la notion
d’interactivité prend toute son ampleur. J’aime cette idée de prendre le spectateur par la main pour lui faire vivre une expérience totale. Le visiteur est comme un souffle qui anime l’œuvre. Avec les deux commissaires, nous voulions qu’il y ait une certaine résonance entre les deux expositions mais surtout pas de redites. Il n’y a que cela qui m’intéresse : expérimenter ! »
Né à Nice en 1961, Céleste Boursier-Mougenot a résidé dans notre région, et notamment dans le village de Magagnosc, jusqu’à ses 25 ans. Il vit aujourd’hui à Sète. Après une formation musicale au Conservatoire national de Nice, il devient compositeur pour le metteur en scène Pascal Rambert, durant près de dix ans. À ses côtés, il commence à imaginer « des structures sonores autonomes accompagnant des espaces ». Sa pratique rejoint alors le champ des arts plastiques. Ses formes sonores « vivantes », comme il les nomme lui-même, se déploient dans des installations qui dépassent la simple performance musicale. À partir de situations ou d’objets les plus divers, dont il parvient à extraire un potentiel musical, il conçoit des œuvres fascinantes qui jouent souvent sur l’illusion du direct. Il suffit de peu au plasticien (du vent, du mouvement, de l’eau…) pour jouer la partition du rêve et de la poésie. Sa pièce la plus célèbre From here to ear, créée en 1999 à New York et qui se « rejoue » depuis sous différentes formes, réunit une volière de mandarins et des guitares électriques. Perchés sur les instruments, les oiseaux produisent des sons aléatoires, plus ou moins « sollicités » par le public invité à déambuler parmi ceux-ci. L’installation des piscines gonflables, dans lesquelles flottent et tintinnabulent sous l’effet d’un léger courant des bols de porcelaine, a également conquis le public.
Par Mireille Sartore
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