Cap moderne

 

 evenement archi

 

Si le Cabanon Le Corbusier et l’Etoile de Mer de Thomas Rebutato étaient déjà visités depuis plusieurs années, la Villa d’Eileen Gray s’ouvre pour la première fois au grand public à Roquebrune-Cap-Martin. 

 

Les 50 ans de la disparition de Le Corbusier coïncident avec l’inauguration d’un parcours unique à la pointe de Cabbé. Baptisé Cap moderne, il abrite des constructions où l’on retrouve chaque fois la touche de ce visionnaire. « C’est pour nous un aboutissement, depuis la création de l’association Eileen Gray-Étoile de Mer-Le Corbusier il y a quinze ans pour sauver ce site », témoigne Robert Rebutato, qui a fait don au Conservatoire du littoral pour concrétiser ce projet du bar-restaurant l’Étoile de Mer, appartenant autrefois à son père Thomas. Lorsque ce dernier achète son terrain en 1947, il y a déjà sur la parcelle voisine une époustouflante demeure blanche, celle du couple formé par Eileen Gray et Jean Badovici. Son nom ? La villa E-1027 : un E pour Eileen, le 10 du J de Jean, le 2 du B de Badovici et le 7 du G de Gray.

 

Un véritable modèle d’habitat
Quand Eileen Gray dessine cette maison, elle connaît bien sûr les bouleversements esthétiques introduits par Von Doesburg, Rietveld, Mallet-Stevens, Le Corbusier ou encore Gropius. Elle trace les lignes d’une bâtisse semblable à un petit paquebot, à quai dans les restanques. Bordée de baies vitrées face à la mer, sa pièce à vivre est juchée sur d’élégants pilotis. Au cœur de ce salon, l’Irlandaise aménage un grand divan, une salle d’eau masquée par un mur paravent, un coin sieste où la place des oreillers est inscrite sur un placard, ainsi qu’un bar-salle à manger. Son objectif ? Permettre à chacun de vivre ici en toute indépendance, grâce à ces sous-espaces et des meubles mobiles, fixes ou intégrés, accompagnant chaque activité. Associant les idéaux modernes à sa propre sensibilité, Eileen Grey réinvente ainsi la villégiature balnéaire. En visite chez son ami Jean, Le Corbusier ornera près de dix ans plus tard les murs de la villa de fresques colorées, particulièrement rares.

 

Structure préfabriquée en bois
« Mon père avait fait construire un cabanon de pêche, un prototype où il ouvrira son restaurant casse-croûte. Son premier client sera Le Corbusier », poursuit le fils de Robert Rebutato. De l’amitié de ces deux hommes naîtra un portrait, qui décore la façade de l’établissement, ainsi qu’un deuxième cabanon en 1952. Une petite porte aménagée entre les deux lieux permet de se faufiler de l’un à l’autre. « J’ai un château sur la Côte d’Azur qui a 3,66 mètres par 3,66 mètres. C’est pour ma femme, c’est extravagant de confort et de gentillesse », écrira l’architecte en parlant de cette unité, aux murs extérieurs habillés de bardages de croûte de pin. Sous la toiture à une pente, il concentre dans un espace minimum un lit séparé des toilettes par un rideau, un plan de travail, un lavabo, une table et des rangements qui se répondent dans une harmonie colorée. En échange de cette parcelle, Le Corbusier fera bâtir sur place pour Rebutato cinq unités de camping, illustrant ses recherches sur un habitat de loisir modulaire adapté à un tourisme de masse. Avant une nouvelle phase de restauration, ces lieux protégés seront accessibles à la visite jusqu’au 2 novembre.

 

Par Tanja Stojanov

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Sara Alfieri

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