Cannes 2016

 
 MA LOUTE.Photo 2
 Ma Loute de Bruno Dumont, sur les écrans le 13 mai.

Sur le tapis rouge sang du 69e Festival, sept films en langue française sur les vingt de la compétition, des vampires, une cannibale et une flopée de stars, tout sourire.

 

Difficile de contenter tout le monde, et justement le monde entier, quand on est en charge, comme le délégué général du Festival de Cannes, de choisir la cinquantaine de longs-métrages internationaux qui feront l’affiche de l’événement cinématographique le plus célèbre – et célébré – au monde. En avril dernier, lors de la conférence de presse donnant le coup d’envoi officiel de la saison cannoise, des journalistes chinois, italien, arabe, chauvins et déçus, s’en sont plaints à Thierry Frémaux, s’excusant de ne pouvoir en effet satisfaire les
195 pays membres – et 9 associés – inscrits à l’Unesco… Un choix cornélien certes, mais honnête, a tenu à préciser le dynamique sélectionneur, rappelant que « quiconque ayant réalisé un long-métrage récent (soit une création d’au moins 60 minutes) peut prétendre à concourir au festival de Cannes ». Cette année, 1 869 films ont « tous été visionnés » par Thierry Frémaux (et son équipe), qui s’est donné jusqu’à la veille de la présentation médiatique pour boucler la liste des films de la compétition officielle, présentés du 11 au 22 mai.

 

Un festival francophone
En compétition ou en dehors, en séances de minuit ou spéciales, dans Un Certain Regard, les 49 longs-métrages de cette 69e édition affichent 28 nationalités et une diversité géographique pertinente, même si des pays gâtés par le passé – l’Italie, la Chine, donc – manquent à l’appel. Toutefois, si le délégué s’enorgueillit du caractère universel de la manifestation, le cru 2016 s’annonce, en tout état de cause, francophone. Hormis les quatre candidats français – sur les vingt – qui concourent pour la Palme, les films du Canadien Xavier Dolan et du Néerlandais Paul Verhoeven seront parlés
dans la langue de Molière. À l’affiche du 6e long-métrage du jeune cinéaste cinématographi­que­ment né à Cannes, le casting 100 % French, très hype (Marion Cotillard, Léa Seydoux, Vincent Cassel, Nathalie Baye…) de Juste la fin du monde donne déjà l’eau à la bouche. Après l’accueil triomphal du public français fait à Mommy, Xavier Dolan s’est lancé le défi « d’une adaptation un peu périlleuse », explique-t-il lui-même, de la pièce éponyme du grand dramaturge Jean-Luc Lagarce… Adaptation littéraire aussi pour Paul Verhoeven avec Elle, d’après Philippe Djian, qui permettra au réalisateur de Basic Instinct de revenir sur la Croisette 25 ans après, avec la très « world cinema » Isabelle Huppert. La comédienne française Adèle Haenel, qualifiée par beaucoup comme « la nouvelle Huppert », donnera de la voix, quant à elle, à La fille inconnue du duo chouchou de Cannes, les frères Luc et Jean-Pierre Dardenne, en lice sous pavillon belge.

 

Cocorico again
Parmi les huit films européens de la compétition, quatre affichent donc les couleurs de la France. Pour Personal Shopper, Olivier Assayas refait jouer l’épatante Kristen Stewart – qu’il avait déjà filmée au côté de Juliette Binoche dans Sils Maria (l’oublié du palmarès 2014), dans une histoire de fantômes… Nicole Garcia, quatre fois en lice dans la prestigieuse catégorie depuis son passage derrière la caméra, présente Mal de pierres avec Marion Cotillard et Pierre Niney. Autre habitué, Bruno Dumont, qui a fait sensation l’année dernière avec sa minisérie P’tit Quinquin, revient en compétition avec Ma loute, qui risque de chahuter la Croisette et le public – le film sort dans la foulée, le 13 mai – avec cette comédie policière foldingue en costumes 1910, où Fabrice Luchini et Juliette Binoche vont plutôt nous surprendre ! Dernier arrivé, mais dont l’engouement suscité par L’inconnu du lac en 2013 a permis de passer à l’étage supérieur, Alain Guiraudie symbolisera l’auteur demeuré malgré tout marginal avec Rester vertical, qui suit justement les errances d’un cinéaste en panne d’inspiration…

 

En vedettes américaines
L’autre grand pays est l’Amérique. Trois films sous bannière étoilée se prêtent à la compétition tandis qu’une flopée de stars abonnées aux revues people, qui ne font pas forcément carrière dans le cinéma, à l’instar d’Iggy Pop à qui Jim Jarmusch consacre un documentaire (Gimme danger), vont massivement fouler le tapis rouge. Le réalisateur imprévisible d’Only Lovers Left Alive (2013) revient à Cannes avec Paterson, un road-movie avec la nouvelle coqueluche de Hollywood, Adam Driver, que Thierry Frémaux s’est permis de qualifier de « très jarmuschien »… Sean Penn, qui a ses habitudes sur la Croisette, sera entouré de Charlize Theron, de Javier Bardem et de la jeune actrice française qui monte, Adèle Exarchopoulos, pour The Last Face, une histoire d’amour sur fond de mission humanitaire en Afrique. Très apprécié aussi depuis Take Shelter et Mud, Jeff Nichols rempile avec Loving, d’après l’histoire vraie d’un couple mixte en Virginie, condamné à l’exil en 1958. Pour la troisième fois, Woody Allen, le plus Européen des cinéastes américains, rejoue quant à lui l’ouverture du Festival avec Café Society, qui sort parallèlement dans les salles. En vedettes, Kristen Stewart – « la reine du festival 2016 », selon Thierry Frémaux –, Jesse Eisenberg et Steve Carell. Au rayon rois et reines, ne passeront pas inaperçues non plus les productions (hors compétition) de Steven Spielberg (Disney’s The BFG) et de Jodie Foster (Money Monster) interprété par un duo de chic et de choc, George Clooney et Julia Roberts, dont c’est la première visite à Cannes !

 

Des fauteuils en plus et des vampires
« Le festival ne se nourrit pas seulement de la présence de stars, expliquait le délégué, le 14 avril dernier, même si la question du tapis rouge demeure fondamentale, bien évidemment. Mais Cannes, c’est aussi la célébration du cinéma d’auteur et le bon déroulement du Marché du Film – le business se joue en effet au sous-sol du Palais, NDLR – qui semble donner des signes encourageants cette année à son directeur Jérôme Paillard. Acheteurs et vendeurs du monde entier continuent de penser, comme nous, qu’un film se projette et se partage sur grand écran, dans une salle de cinéma. Ce qui est plutôt réjouissant à l’heure du tout virtuel et de la suprématie des marchés internautiques. » Pour cette 69e édition, des projections supplémentaires seront ajoutées, et l’annonce par la Ville de Cannes d’une nouvelle salle de 500 places prévue en 2019 sur la Croisette a rassuré les organisateurs de la manifestation : « Cannes doit rester avant tout un lieu de plaisir » a conclu Thierry Frémaux… Et de frayeurs ? Cette année, esprits, vampires et cannibales planent sur pas moins de trois longs-métrages de la sélection ! Présenté à Un Certain Regard, le très secret The Transfiguration de l’Américain Michael O’Shea mettrait en scène des vampires à New York, tandis que, dans la compétition, Olivier Assayas fait « revivre » le frère jumeau disparu de Kristen Stewart (Personal Shopper)… Mais le pire est sans doute à prévoir du côté du Nordique Nicolas Winding Refn, consacré sur la Croisette avec Drive, qui revient avec un thriller vampirique (The Neon Demon), l’histoire d’une top-modèle cannibale…

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