Par Tanja Stojanov

Benoît Barbagli Vautier

L’art comme offrande

Plasticien cultivant l’allégresse, le petit-fils de Ben aime à créer des passerelles entre des disciplines
à première vue opposées, et coconstruit ses œuvres entre pixels et feux de camp.

 Benoit Barbagli Vautier et Aimée Fleury, Chrysalithe - Antélia, 2021, Série Chrysalithe.

Il part escalader les montagnes pour leur offrir des fleurs de sa main. Il court dans l’eau de mer pour y entonner un morceau à la trompette, bientôt submergé par le flot des vagues. Des gestes qu’on pourrait croire absurdes s’il n’en ressortait une énergie puissamment poétique, sensorielle aussi. À l’écoanxiété née du réchauffement climatique, Benoît Barbagli Vautier répond par la jubilation de l’art comme élan de survie. Issu des nouvelles générations de diplômés de la Villa Arson, le fils de la galeriste Eva Vautier porte cette vision fédératrice à laquelle l’incontournable Ben a tant contribué. « Je dois beaucoup à mon grand-père, il avait un rapport très complexe à l’ego, et j’essaie de dépasser cette notion à travers le collectif », lance Benoît spontanément. Si Ben parlait beaucoup d’ego, il a aussi invité tant d’autres artistes à montrer leur travail dans ses expositions. De même, dans les grandes fêtes organisées aujourd’hui par son petit-fils à la Villa Anna à Nice, c’est une grande partie du monde de l’art azuréen qui se réunit au gré des amitiés, pour un moment chaleureux autour de performances et expositions. Des soirées dont la saveur tient de l’effervescence des rencontres.

Rencontres entre le vivant et l’IA

Dans ses explorations plastiques, Benoît Barbagli Vautier aime à jouer avec les limites de l’art. Première idée reçue à laquelle il tord doucement le cou, sans être jamais dans une violence dénonciatrice  : une œuvre ne peut avoir qu’un seul auteur. Avec Aimée Fleury, écoféministe diplômée du Pavillon Bosio à Monaco, il fait naître des œuvres en duo comme ses Chrysalites. Entouré de sa bande d’amis du collectif Palam, il retrouve la nudité du contact avec la nature dans des photographies prises au drone, entre baignades dans l’eau turquoise de la Méditerranée et danses dans les montagnes autour du feu. Des images qu’il retravaille ensuite grâce à l’IA pour effacer les corps dans le vivant, à travers une farandole de pixels. « J’aime ce retrait individuel à l’intérieur d’un processus collectif, l’effacement des corps dans le mouvement pour en faire un moment purement formel, porté par des enjeux écologiques », commente le plasticien, qui a grandi au contact du vivant quand ses parents étaient chevriers.

Des bijoux de bronze en fractales

« J’étais adolescent quand j’ai commencé à coder et je peux aussi m’appuyer désormais sur ChatGPT. L’IA, c’est à la fois un ami et un ennemi collectif, qui rassemble l’ensemble des savoirs de l’humanité », commente-t-il. Dans Le Grand B-noïd programmé par Benoît, le spectateur peut cocréer une œuvre avec l’IA, accompagnée d’une critique d’art fictive et d’une lettre de présentation adressée à un musée. Un travail qui titille évidemment le statut d’artiste, et ce avec le sourire aux lèvres. S’appuyant sur des formules mathématiques, le plasticien – qui a créé un Fablab mariant création contemporaine et savoir-faire artisanal – met au jour des bijoux dont les formes renvoient autant à l’organique qu’au numérique et à l’impression 3D. Porté par l’idée que l’art c’est la vie – chère à Fluxus et son aïeul – Benoît Barbagli Vautier fait surgir surtout ce qui la rend positive  : « Si la création c’est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art, le sens est donc partout et l’art est pour moi un prétexte à la joie ».

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Elise Potola

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