Barbara Seitz-Polski

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Photographie Jean-Michel Sordello

Néphrologue et professeur d’immunologie, cette quarantenaire a mis au point un test et un protocole pour traiter la glomérulonéphrite extra-membraneuse, cause la plus fréquente de SNI.

Vous coordonnez le Centre de Référence Maladies Rares Syndrome Néphrotique Idiopathique du CHU de Nice à Pasteur 2. Comment définiriez-vous cette pathologie encore peu connue ?
« C’est un dysfonctionnement de la membrane basale du rein. Lorsque le rein filtre le sang, cette membrane est alors trop perméable, comme une passoire dont on aurait élargi les trous, et laisse passer dans l’urine des protéines qui assurent l’immunité et la coagulation. Cette fuite est à l’origine d’une asthénie, d’œdèmes, de thromboses vasculaires, d’un fort risque infectieux voire d’une insuffisance rénale. On recense en France un cas pour 100 000 habitants. Ce SNI peut être causé par plusieurs maladies, parmi lesquelles la glomérulonéphrite extra-membraneuse qui est la plus fréquente et sur laquelle je travaille. Ces maladies auto-immunes ont de façon générale toutes le même mécanisme et sont la troisième cause de mortalité après les cancers et maladies cardiovasculaires. Ce sont les cellules de l’immunité qui se retournent contre le soi, le système immunitaire croyant qu’il est face à une infection ou une tumeur. »

 

Alors justement, vous avez aussi été très active dans vos recherches à Sophia-Antipolis, puis vous avez créé votre unité mixte de recherche clinique au CHU de Nice. Parlez-nous de ces innovations…
« Je me suis concentrée sur ce volet auto-immune. En 2009, une première étude avait montré l’implication d’un auto-anticorps contre un récepteur du glomérule rénal. Nous avons mis en évidence l’implication d’un second auto-anticorps. En validant de nouveaux marqueurs, nous avons pu mettre au point un test biologique permettant de dire si l’on a affaire à une forme sévère. Ce test est aujourd’hui utilisé en routine au CHU de Nice. Nous avons ensuite obtenu un Programme hospitalier de recherche clinique, afin de valider un traitement personnalisé où l’on adapte le dosage de médicaments immunosuppresseurs en fonction du profil des patients, et auquel participent une vingtaine de centres en France. Le traitement reposait il y a quelques années sur des traitements immunosuppresseurs lourds et peu spécifiques. Nous utilisons actuellement des thérapies ciblées aux effets indésirables limités. Alors que les patients allaient en dialyse dans 40 % des cas, nous avons ici un taux de guérison de 80 %. »

Comment explique-t-on la recrudescence des maladies auto-immunes ces trente dernières années ?
« Il faut généralement trois facteurs pour développer une maladie auto-immune : un terrain génétique, un environnement favorable et un facteur déclenchant tel qu’une infection. On suspecte aujourd’hui que notre environnement contribue à cette augmentation, et mon équipe étudie l’impact de la pollution. Nous avons ainsi montré récemment que les patients présentaient un taux plus élevé de cytokines de l’inflammation quand ils habitent dans des centres-villes très exposés aux particules fines. Cette inflammation chronique serait à l’origine de cette réponse auto-immune. Notre environnement a évolué mais la médecine a également progressé et nous développons des outils, comme les immunothérapies, très efficaces pour lutter contre ces maladies. ». 

Par Eve Chatelet

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