Aline Hannouz & Fabrice janneau

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Le parvis de l’Espace du Thiey, le pôle culturel de Saint-Vallier-de-Thiey.  

Les lauréats 2017 du prix Équipement ont spécialisé leur agence dans la commande publique. Un choix qui fait sens.

Dans quelles circonstances vous êtes-vous rencontrés ?
Aline Hannouz : À Paris, dans le cadre d’Architecture-Studio, une agence installée dans une ancienne herboristerie, conçue comme une pépinière d’architectes, qui noue des associations ponctuelles à l’occasion de concours et de commandes publiques. C’était dans les années 90. Deux ans plus tard, nous sous sommes associés.

C’est ce qui explique aujourd’hui votre spécialisation ?
A. H. : Absolument. Notre agence intervient essen­tiellement sur les marchés publics, université, école, gymnase, crèche…

Pourquoi ?
A.H. : À chaque projet, vous êtes obligé de com­prendre comment les choses fonctionnent, ce qui préoccupe les gens. Si je fais le point aujourd’hui, je peux dire qu’effectivement j’ai découvert des modes de fonctionnement que je ne soupçonnais pas avant. On a besoin de comprendre ça pour dessiner un projet. La « chose publique » n’est pas qu’une enveloppe, il y a un sens derrière.
Fabrice Janneau : De plus, dans le public, l’acte acquiert une certaine légitimité, alors que dans le privé, on a souvent l’impression que construire, c’est mal, ça dénature un site…

C’est justement sur un projet de commande publique que vous avez remporté le Prix Équipement au concours ArchiCOTE.
F. J. : Oui, il s’agit du Pôle culturel de Saint-Vallier-de-Thiey, qui regroupe dans un même bâtiment une médiathèque dotée d’une salle d’animation, une salle multifonction, l’Office de tourisme ainsi qu’un logement de fonction pour le gardien.
A. H. : La notion d’insertion dans le paysage est importante pour nous. Un projet vaut d’abord par son implantation. Indépendamment de son écriture architecturale, la façon dont on le place dans son contexte, qu’il soit urbain, paysager, avec du relief ou autre, est fondamentale. C’est ça qui va le rendre intemporel de mon point de vue.

Mais n’y a-t-il pas une rupture entre architecture contemporaine et respect du contexte et du paysage ?
F. J. : Pas du tout ! On peut même dire que ce style d’architecture est fait pour révéler le paysage comme peut le faire le land art. Malheureusement, la France est un peu frileuse. Il y a beaucoup d’architectes qui se cantonnent à une tendance que l’on pourrait appeler « Moderno », c’est-à-dire reconduire éternellement le style Le Corbusier qui justement ne dialogue pas avec le contexte. C’est aussi sectaire que ceux qui ne veulent pas entendre parler de modernité. Nous, nous essayons de nous situer ailleurs, ni dans le pastiche, ni dans la reconduction d’un vocabulaire moderne stricto sensu.

Un projet actuel ?
A.H. : Celui que nous sommes en train de réaliser pour des gens du voyage qui se sont sédentarisés. Nous leur construisons un ensemble de maisons à Toulon. Un chantier très particulier avec une gestion de l’espace totalement différente. Par exemple, nous n’avions pas le droit de construire sur certaines zones « sacralisées », car théâtre de meurtres…
F.J. : Nous devions aussi éviter que des gens qui ne s’entendent pas entre eux habitent les uns à côté des autres. Un vrai Rubik’s Cube à créer afin que les individus se côtoient sans se voir… C’est dans ce type de cas qu’apparaît tout l’enjeu de l’architecture. Celle-ci prend une autre dimension. L’humain est au centre : les groupes, les ententes, les mésententes, la manière de circuler…

Peut-on parler de signature ?
F. J. : Non, car le meilleur projet est toujours le prochain !
A. H. : Chaque programme a ses propres carac­té­ristiques. Le choix constructif résulte d’un ensemble de facteurs : le projet dans son ensemble, le budget, le calendrier… Il est donc difficile, même si nos réalisations s’expriment dans l’utilisation de matériaux toujours différents, comme le bois, le béton, l’acier, de dégager une empreinte particulière.

 

Par Alexandre Benoist

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