Les cicatrices d’or
À Marseille, la céramiste japonaise Akitsu Orii initie au kintsugi, l’art de réparer les céramiques brisées en sublimant leurs failles avec des métaux précieux. Dans une rue discrète du centre de Marseille, au rez-de-chaussée d’un immeuble haussmannien, se cache l’atelier d’Akitsu Orii. Dans ce lieu silencieux, presque méditatif, elle initie ses visiteurs au kintsugi. Née en 1978 à Nara, près de Kyoto et d’Osaka, celle dont le prénom signifie « libellule rouge », ancien synonyme poétique du Japon, a longtemps suivi une autre voie. Musicienne baroque et flûtiste traversière, elle vit pendant 19 ans à Paris avant de s’installer à Marseille en 2019 avec son mari, fasciné par la culture japonaise, enseignant la cérémonie du thé. La naissance de sa fille marque un tournant : elle achète un tour de potier et découvre la céramique en autodidacte. Aujourd’hui, elle est la seule Japonaise à proposer des ateliers de kintsugi dans la cité phocéenne. Daté du XVe siècle, cet art consiste à réparer les fissures avec de la laque naturelle et des poudres d’or, d’argent, d’étain ou de cuivre. Héritier du wabi-sabi, philosophie esthétique qui célèbre la beauté de l’imperfection, le kintsugi révèle les cicatrices au lieu de les cacher. « Le kintsugi représente la réparation des accidents de la vie », explique Akitsu Orii. Dans son atelier baigné de calme, 4 séances sont nécessaires pour parcourir les 10 étapes de restauration. « Le kintsugi est perçu comme une méditation. C’est une thérapie en action. » Certains psychologues viennent d’ailleurs expérimenter cette pratique, seuls ou avec leurs patients. La musicienne n’a jamais vraiment quitté son premier art : « le kintsugi est la continuité de la musique ». Ici, pas de musique enregistrée, seulement quelques paroles et parfois le chant des oiseaux du jardin voisin. « Souvent les gens trouvent mon atelier très apaisant. » À l’opposé de la surconsommation, le kintsugi transforme notre rapport aux objets. Une pièce réparée reste fragile, et mérite désormais toute notre attention.

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