Du passé industriel à la métropole de demain
Trente ans. Le temps d’une génération. Celui qu’il aura fallu pour transformer l’arrière-zone portuaire de Marseille, autrefois en déshérence, en deuxième quartier d’affaires de France après La Défense. Aujourd’hui, bureaux, logements, commerces et équipements culturels cohabitent sur 480 hectares. Retour sur les lieux emblématiques de cette métamorphose.
Boulevard Jacques Saadé : de la friche portuaire à la skyline marseillaise
Marseille a longtemps vécu au rythme des cargos et des entrepôts portuaires. « 75 % du trafic du port venait des échanges avec les colonies. Après la décolonisation et l’essor du conteneur, l’arrière-port s’est vidé, laissant derrière lui des hectares de friches industrielles », rappelle Judith Aziza, docteure en Histoire. Dans les années 80, ces hangars désaffectés deviennent le symbole du déclin économique. C’est alors qu’un duo visionnaire, Christian Pellegrin et Eric Castaldi, décide en 1991 de réhabiliter les Docks, préfigurant la création d’Euroméditerranée. Aujourd’hui, ces anciens entrepôts, reliés aux Terrasses du Port, forment le cœur du quartier d’affaires. L’évolution architecturale de CMA CGM en dit long sur la transformation du paysage urbain. Du Mirabeau à la tour de 127 mètres signée Zaha Hadid, suivie de la Tour La Marseillaise et de la Porte Bleue, esquissent peu à peu une skyline marseillaise. « La tour incarne la réussite économique et technologique, mais elle coûte trois fois plus cher qu’un immeuble traditionnel », souligne Jean-Baptiste Pietri, président du Groupe Constructa.
Le Silo… Un grain de fantaisie
Devenu un haut lieu de la vie nocturne marseillaise, le CEPAC Silo, construit en 1927 pour stocker le blé, a longtemps été un maillon essentiel du commerce portuaire avant d’être menacé de démolition. Aujourd’hui, son architecture atypique en fait une salle de spectacles prisée, où concerts et événements rythment la vie du quartier.
La Major : de l’ombre à la lumière
Longtemps encerclée par un flot de véhicules, la cathédrale de la Major a retrouvé son éclat. La démolition de la passerelle autoroutière et la création du tunnel Prado-Littoral en 2011 ont libéré l’espace, offrant une vaste esplanade ouverte sur la mer et les îles du Frioul. Les anciennes Voûtes, autrefois occupées par des entrepôts et des ateliers de réparation navale, sont devenues un lieu de vie animé.
Porte d’Aix : de l’asphyxie urbaine à un nouveau cœur étudiant
Jusqu’aux années 2000, l’autoroute A7 débouchait directement sur la Porte d’Aix. Aujourd’hui, l’échangeur routier a cédé la place à un parc d’un hectare, autour duquel émergent de nouveaux pôles universitaires. La Porte d’Aix redevient un carrefour dynamique avec l’implantation de EMD Business School et les projets de campus du groupe Omnes Education qui ouvrira ses portes en 2026.
MuCEM : du hangar portuaire à la vitrine culturelle
À l’entrée du Vieux-Port, le MuCEM attire les visiteurs du monde entier. « Avant, les grilles interdisaient au public de s’approcher du bord à quai sur le J4, où se trouvait un hangar. Marseille Capitale de la Culture, MP2013, a permis la construction du MuCEM, auquel s’est adossée la Grotte Cosquer », rappelle Laure-Agnès Caradec, présidente d’Euroméditerranée. En l’espace d’une décennie, le J4 s’est imposé comme un pôle culturel majeur. Mais la transformation du front de mer ne s’arrête pas là…
Et demain ?
Une nouvelle page s’écrit du côté du J1. Encore inaccessible au public, ce hangar de 25 000 m² et 260 mètres de long sera bientôt réhabilité en pôle culturel et événementiel sous le nom de La Passerelle. La skyline marseillaise continue sa mue avec la tour M99, dont la livraison est prévue en 2028. Ce projet du Groupe Constructa abritera un hôtel Hilton, une résidence étudiante et 102 appartements, avec restaurant panoramique. « L’avenir se dessine aussi au nord de Marseille. Capitaine Gèze est en cours de requalification avec le tramway et de nouvelles pistes cyclables », précise Laure-Agnès Caradec. Enfin, la fermeture de la gare fret du Canet en mai 2024 marque la fin d’une ère. Après la cession du site en mars 2025, Euroméditerranée entamera la transformation en aménageant 16 hectares en Parc du ruisseau des Aygalades, le plus grand espace vert du projet.
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