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Clémentine Deluy

  • Une grande danseuse

02.2013

 

Il est des passions pour lesquelles un profil de top-modèle est un véritable handicap. Pas pour Clémentine Deluy, danseuse dans la prestigieuse compagnie de Pina Bausch.



Une fascination pour Sylvie Guillem
Elle est brune, fine et grande, très grande : 1,80 mètre ! Un beau visage méditerranéen, les yeux noirs et un sourire craquant. En un mot, une splendide jeune femme. Clémentine Deluy, Marseillaise d’origine, huit heures de danse quotidienne et de nombreuses répétions, nous accorde, entre deux avions, une longue interview alors qu’elle est de passage dans sa ville natale pour les fêtes de Noël. Rebelle la belle Clémentine ? Elle a su surmonter avec obstination de nombreux obstacles avant de vivre sa passion, danser, et, qui plus est, dans la compagnie légendaire de Pina Bausch. Sa vocation commence, elle a alors 2 ans, en tutu blanc. Elle n’en finit pas de pirouetter dans le salon de ses parents, avant de suivre les cours de danse de Titus et Elena Pomsar. Puis, c’est l’Opéra de Marseille jusqu’en 1993, où elle travaille sous la direction de Roland Petit, et tout naturellement rejoint l’École nationale de danse de Marseille, dès son ouverture. Mais déjà, par sa taille inhabituelle, Clémentine dépasse d’une tête ses petites camarades et fait « tache » dans le corps de ballet. Son défaut majeur – 1,72 mètre alors qu’elle est encore enfant – se fait lourdement sentir. On veut l’exclure de la création que Roland Petit produit sur le Vieux Port, mais son professeur lui permet malgré tout d’intégrer le spectacle. Un parcours difficile. On lui répète qu’elle ne sera jamais une danseuse. Et pour le classique, c’est raté…



Le vilain « grand » canard devient cygne
Larrio Ekson, acteur danseur de l’avant-garde new-yorkaise et partenaire de danse de Carolyn Carlson, lui conseille alors de se tourner vers le contemporain. Clémentine se présente au Conservatoire national supérieur de musique et danse de Lyon et y découvre notamment les répertoires et la technique Merce Cunningham. Une immersion qui durera deux ans. Une fois encore, Clémentine est confrontée au refus d’un de ses professeurs. Pleine de doutes, elle songe abandonner, mais le soutien de ses parents lui permet de résister. Elle passe son bac et, à 19 ans, après ses nombreux échecs en France, part en Allemagne se présenter à la Folkwang Hochschule, à Essen. Clémentine devient élève de Dominique Mercy, dont chacun connaît le travail avec Pina Bausch au Tanztheater Wuppertal. Ses complexes s’évaporent, Clémentine apprend la décontraction et prend un important recul par rapport à ses expériences douloureuses. Durant trois années, cette école la nourrit d’un travail inspiré de Pina. Elle danse, danse, et participe au légendaire Sacre du Printemps. Après ses études, elle rencontre Juan Kruz Diaz de Garaio Esnaola et Luc Dunberry. Juan la présente à la chorégraphe Sasha Waltz. À la suite de sa première création, Nobody, Sasha l’engage dans sa compagnie, Sasha Waltz and Guests. La jeune femme découvre le travail des portés, de duo et, surtout, l’improvisation sur scène. Elle interprète Dido dans le magnifique Dido e Enæ… Un splendide début de carrière.



Pina Bausch, encore et toujours
Mais Clémentine rêve. Un beau jour, elle saute dans un train Berlin-Wuppertal et part rencontrer Pina, sans rendez-vous, pour lui parler de son envie de travailler avec elle. Après trois semaines de mise à l’épreuve dans Le Sacre du Printemps, Pina l’invite dans sa compagnie. En septembre 2006, la danseuse intègre la structure sous la direction de son idole. Deux créations avec elle, aujourd’hui, Clémentine danse toujours pour la Compagnie. « Le trésor* », les nombreux ballets créés par Pina, est géré par Robert Sturm et Dominique Mercy, l’année 2013 fêtant les 40 ans de la Compagnie sera particulièrement riche. Tout est écrit, les pièces sont archivées, les vidéos retracent plusieurs générations de danseurs passés dans certains rôles et la reprise de plusieurs créations est en cours. En parallèle, mais bien dans la ligne, Clémentine participe au trio CDT, initié par Malou la chorégraphe, avec Diamano Biggi et Thusnelda Mercy, une forme plus légère qui peut voyager facilement et que nous aimerions voir un jour à Paris.



* Le trésor : c’est ainsi que l’ensemble de la compagnie nomme le répertoire de Pina Bausch.