Heams Michel Architectes
 

Heams & Michel Architectes

  • La couleur et la forme

04.2016

Avec leur Maison de l’enfance à Cannes-la-Bocca, ils ont décroché le prix « Less is More » du concours ArchiCOTE 2015. Inspirés par l’architecture du canton de Tessin en Suisse, Benjamin Michel et Nicolas Heams l’agrémentent de plans colorés aux accents d’art abstrait.

 

COTE : Quels sont pour vous les éléments marquants de l’architecture tessinoise ?
N.H. : Il y a d’abord la monomatière, avec l’utilisation fréquente du béton ou du bois. L’un des plus célèbres représentants de ce style est Luigi Snozzi, qui a formé bon nombre d’architectes du Tessin. Cette région ressemble en fait beaucoup à notre arrière-pays niçois.

B.M. : Il y a une véritable écriture dans l’architecture de Lugano, sa principale ville industrielle, que l’on ne retrouve pas ailleurs. Cela a démarré avec des maisons individuelles, dont le rapport à la pente est essentiel. C’est aussi un travail sur la répétition, la symétrie et des volumes assez simples.

 

Comment faites-vous vivre ce style dans le paysage azuréen ?
B.M. : Nous lui ajoutons des éléments méridionaux comme la couleur et des patios. C’est le cas pour le projet de crèche que nous avons réalisé à Tourrette-Levens. Au lieu d’opter pour une grande cour, nous avons dessiné ici plusieurs espaces extérieurs à petite échelle, adaptés à leur public.
N.H. : Si le béton brut peut paraître froid, nous utilisons beaucoup de couleurs primaires. Elles viennent souligner les éléments importants de l’architecture, dans une région baignée de lumière. L’idée de cette crèche était également de concevoir un lieu fermé, accueillant et protecteur. Nous aimons mettre en scène des bâtiments introvertis, tournés vers eux-mêmes.

 

De quelle façon avez-vous traduit ces concepts dans la Maison de l’enfance ?
N.H. : Ce projet reprend tous ces thèmes, avec la répétition de formes carrées, la monomatière et la couleur. C’est un lieu destiné à accueillir des enfants sur leur temps périscolaire, qui s’inscrit dans le parc de la Ferme Giaume. Plutôt que de poser une clôture autour du site, ce sont les façades qui expriment une limite, tandis qu’à l’intérieur, un préau s’ouvre sur le parc et la végétation.
B.M. : Il manquait en fait un abri pour protéger les activités de la chaleur ou de la pluie. Nous avons donc proposé d’ajouter ce préau, qui forme une longue courbe. Il est finalement devenu l’élément architectural du projet. Il est fermé à l’arrière par un mur percé de multiples petites ouvertures. Elles sont comme des fenêtres ouvertes sur le paysage, qui rappellent les jeux d’enfants.

 

Parlez-nous de la façon dont vous jouez avec les reliefs, comme pour une sculpture...
N.H. : Pour la salle de sport du Conseil général que nous avons réalisée à Tourrette-Levens, nous avons utilisé un béton matricé peint, dit « béton drapé », qui offre une texture rappelant celle des rideaux de scène. Ce bâtiment, réservé à la pratique de la gymnastique, accueille aussi des disciplines du cirque. L’idée était alors de créer un lieu qui renvoie à l’image du chapiteau.
B.M. : Ce cube est donc habillé d’une peau ondulée de couleur ocre jaune. Dessinée pour le projet, elle confère aux parois aveugles une dimension artistique et une expression de légèreté. L’intérieur de la salle est aussi baigné de lumière naturelle, grâce à sa verrière carrée en toiture.

 

Par Tanja Stojanov