Urbanisme

 
 numeriques art 2016
 A la Fabrique, la fondation Panigel dispose d’un équipement de numérisation ultramoderne dans les murs centenaires d’un ancien moulin.

 

Le numérique et l’art

  • De l’outil au net.art

05.2016

Le numérique a permis au monde de l’art d’accroître son efficacité en disposant de ses évolutions techniques, il a engendré également une révolution conceptuelle en se muant en nouvel objet artistique.

 

L’outil
Dans le monde artistique, la technologie numérique est apparue d’abord comme un outil permettant de mieux communiquer, diffuser, promouvoir, commercialiser, sauvegarder. La plupart des musées possèdent aujourd’hui une identité virtuelle (sites Internet, réseaux sociaux...) et proposent des applications smartphone (audioguide iPod, géolocalisation...), des expos en ligne ou des services originaux issus des innovations techniques. Ainsi, la fondation Panigel, à Arles, projette de diffuser son fonds exceptionnel (120 000 disques vinyles microsillons, 70 000 78 tours) au travers d’une radio numérique en webcast. Si, dans un premier temps, la technologie a facilité les conditions d’accès aux contenus culturels sans en bouleverser les pratiques, les systèmes distribués ont rapidement imposé une certaine dérégulation. Google Art est devenu le premier musée virtuel du monde avec 250 000 œuvres en ligne (il en avait 57 000 en 2014 et 1 000 en 2011 !). Les musées traditionnels, d’abord réticents, lui ouvrent aujourd’hui leurs portes afin que soient numérisées leurs collections. De même, les ventes d’art via le Net explosent depuis 2010. Quelle salle des ventes pourrait rivaliser avec Artprice qui se targue de posséder 30 millions de cotes et 550 000 artistes ! Le numérique a permis à l’art de s’affranchir des contraintes institutionnelles (galeries, musées, collections privées, transactions financières). Les artistes s’en sont emparé afin de créer des œuvres « traditionnelles » avant d’en faire un objet artistique.

 

Les objets artistiques
L’art et la technique apparaissent alors comme deux composantes qui se croisent, se mêlent, se dynamisent. On peut difficilement enfermer les œuvres ainsi générées – qui modifient notre rapport au réel – dans des catégories trop figées (réalité virtuelle ou augmentée, art audiovisuel, interactif ou génératif...). Certains acteurs de l’art numérique portent une attention particulière à la dimension pédagogique des projets qu’ils soutiennent. C’est le cas d’EDIS, à Avignon, le seul fonds de dotation français dédié aux arts numériques, qui propose des résidences vouées à la création d’œuvres interactives en temps réel (tableaux vidéo interactifs et projection vidéo 3D sculpturale) et qui a lancé un « Cercle des Mécènes Numériques ». Dans ce nouvel espace, le spectateur devient acteur. Terminée la confortable passivité contemplative séculaire, il est impliqué physiquement dans le processus de création. Rien d’étonnant donc à ce que l’art numérique se décline plus souvent en festivals qu’en expos. Ainsi, « Made in Friche Machines », le rendez-vous de novembre 2015 à la Friche s’est voulu poétique, ludique et surprenant, basé sur des œuvres et des installations accessibles et spectaculaires qui ont permis aux visiteurs d’être dans le ressenti et la sensation. Une des formes d’expression on line, le net.art, regroupe des créations interactives conçues par, pour et avec l’Internet, ce qui exclut les formes plus traditionnelles simplement transférées sur le réseau. Ses artistes, après avoir intégré la logique des réseaux numériques et des virtualités, créent des œuvres accessibles en ligne, partout et pour tous. Le talon d’Achille de l’art numérique reste sa dépendance à la technologie, donc à des matériels et des logiciels dont la constante évolution frappe rapidement les œuvres d’obsolescence et les menace de disparition. Si les peintures rupestres de la grotte Cosquer sont visibles plus de 20 000 ans après, une œuvre numérique d’une dizaine d’années n’est souvent accessible qu’au prix d’une mise à niveau technique.