Portraits

 
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Malika Mokadem

  • La mélancolie baroque de l’érotisme

02.2015

Étudiante en marketing international à San Francisco, mannequin, styliste photo, assistante photographe… Malika Mokadem a vécu plusieurs vies avant d’exercer ses talents de photographe dans une atmosphère très personnelle, un spleen sexy et chic. On retrouve dans ses œuvres l’empreinte de ses photographes fétiches (Ionesco, Vojnar, Telepnev…) et le souffle de ses pas­sions littéraires (Poe, Baudelaire, Nin…). Malika s'implique totalement, quel que soit le thème de ses productions, des portraits aux reportages en passant par la mode. Elle cherche avant tout à comprendre l'autre, à saisir qui il est vraiment avant de surprendre son portrait. La photo devient un échange, une conversation quasi amoureuse avec le modèle, une relation qui impose une confiance absolue. Si Malika explore le numérique et l’argentique (pour le noir et blanc) ou le Polaroid (pour la couleur), elle explore depuis peu le mélange des médias, liant ces techniques à l’écriture et la peinture.

 

­­Il y a des tenues que l’on porte non pour soi mais pour l’autre. Les courtisanes, la Castiglione, la Belle Otero, Liane de Pougy ou Cléo de Mérode, particulièrement douées à ce jeu, ont largement contribué au développement de la haute couture. Des robes faites main, de matières nobles, velours, dentelle, satin et soie, qui épousent les formes, révèlent la peau, l'âme et la femme. Déshabillez-moi, oui mais pas trop vite, pas tout de suite… Les cocottes, au fil du temps, maîtrisaient cet art subtil de ne pas se vêtir de vêtements armures, elles portaient des tenues invitant à la caresse. La main passant de la douceur de l’étoffe au velours de l’épaule nue, les nœuds n’attendant qu’à être dénoués pour dévoiler une gorge palpitante, les jupons à être retroussés, les corsets délacés libérant des croupes pâles… Le comble de la sensualité, tout dévoiler sans ne rien montrer, une invitation muette mais si pleine d'éloquence ! Voyageons un instant dans les salons privés de La Pérouse, chez Maxim's ou aux Folies Bergère, ressuscitons ces femmes libres et indépendantes, élégantes jusqu’au bout des ongles. Sensuelles, huées, adulées, maudites.

 

Tu contiens dans ton œil le couchant et l'aurore ;
Tu répands des parfums comme un soir orageux,
Tes baisers sont un philtre et ta bouche une amphore
Qui font le héros lâche et l'enfant courageux.
Sors-tu du gouffre noir ou descends-tu des astres ?
Le Destin charmé suit tes jupons comme un chien ;
Tu sèmes au hasard la joie et les désastres,
Et tu gouvernes tout et ne réponds de rien.

Charles de Baudelaire (Hymne à la beauté)

 


Par Maurice Gouiran