03 MAX CARTIER

 Dans son atelier, l’artiste plasticien a imaginé les 6 pièces uniques remises aux vainqueurs de la seconde édition du concours COTE Invent’.

Max Cartier,

  • artisan de la matière

03.2017

Il a marqué l’histoire du cinéma avec son rôle dans Rocco et ses frères de Visconti. Celle de la nuit niçoise avec la mythique Camargue. Enfin, celle de l’art avec une œuvre puissante et multiple.

 

« Pour moi, Max Cartier est un C.R.E.A.T.E.U.R. » Voilà ce que disait et écrivait Arman à propos de ce plasticien hors normes. Le terme est bien choisi car, étymologiquement, être « créateur », c’est donner existence à quelque chose qui n’existe pas encore à partir d’autres éléments. Et à bien observer son œuvre, cette dynamique est évidente. Une œuvre protéiforme et multiple, inscrite dans la matérialité, où l’objet du quotidien par exemple – usagé, oublié, délaissé - devient la materia prima qui ouvre le champ de tous les possibles. Cartier est un artiste. Oui. Mais il est aussi un artisan. Il ne réalise pas des poupées gonflables, fussent-elles en aluminium. Il plie, il tord, il perce, il empile, il brûle. Max Cartier n’est pas un géant aux muscles protubérants. Mais il est fort par la puissance qu’il confère à chaque création et par le cœur et les tripes qu’il met dans chaque ouvrage. À 82 ans, quand l’homme n’est pas sur son Bull à déplacer des pierres de plusieurs quintaux, il lance ses chalumeaux à l’assaut d’un fer à béton capable d’armer les murs d’une Trump Tower. De ses Hommes de pierre à ses Hommes de fer, il entre en majesté au cœur d’un art où la main – Louis Nucéra l’appelait « l’homme aux mains d’or » - met en tension une réalité re-matérialisée. Un « Nouveau Réalisme » évidemment.

 

Un lien d’amour
Mais tout aussi diverses soient ses démarches, si l’on doit retenir une signature, autant retenir celle des En-Lacets. Des objets simples – chaussure, jouet, microscope, machine à coudre Singer – qu’il enlace dans une tige de laiton doré ou d’acier brut. Certains n’ont pas d’histoire particulière, d’autres ont été le vélo d’entraînement de Fausto Coppi ou les briquets de table de Coco Chanel. Mais tous partagent la même destinée d’être désormais protégés du temps et de l’oubli. Avec une poigne tout aussi délicate, il construira des sièges enrubannés de tissu Chacok ou scarifiera au tractopelle du contre-plaqué peint. Cartier n’est jamais là où on l’attend. Car qui aurait cru que lui – ou un autre d’ailleurs – puisse être capable de réunir les trois grandes religions monothéistes autour d’un seul idéal commun ? En créant 3 = 1, il réussit le miracle – enfin, oserons-nous dire - d’une sculpture où croissant, croix et étoile de David ne font plus qu’un. Une union célébrée par un lien fait d’amour.

 

Par Alexandre Benoist
Photos : Jean-Michel Sordello