Vivre sa ville

 
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Sophie Nivaggioni

  • « Il ne doit pas y avoir d’architecture à deux vitesses. »

07.2014

Spécialisée dans les projets de bâtiments et d’équipements publics, Sophie Nivaggioni, dont le centre d’accueil pour personnes sans abri a reçu le Prix Spécial ArchiCOTE 2013, défend les valeurs d’une architecture de qualité pour tous.



Quel a été votre premier grand projet ?
Le premier « avec mon nom dessus » est la conception en 1997 des ateliers des Ballets de Monte-Carlo, que nous avons gagnée par concours avec Daniel Raymond. Un très beau projet, car c’était agréable de travailler avec Jean-Christophe Maillot, le directeur des Ballets. C’est quelqu’un qui comprend l’espace car il le travaille tout le temps sur scène, il l’habite en permanence. Il avait donc une véritable compréhension des plans, ce qui n’est pas souvent le cas de la part des clients. Ensuite, avec Jean-Philippe Cabane et Sylvie Rossi, nous avons remporté le concours pour la création du gymnase du collège Port Lympia, à Nice.

 

C’est à ce moment-là que vous avez donc commencé à vous orienter vers le bâtiment et l’équipement public ?
Oui, car cela correspondait à ce que recherchait dans mon métier. J’aime l’esprit des concours. C’est pour moi une manière très agréable de travailler car il y a une vraie pression. Il faut trouver des solutions et, face au programme, vous êtes toute seule. C’est une vraie liberté. Il y a aussi la diversité des projets qui rend les choses intéressantes : passer d’une école à une maison de retraite, ou à un centre d’accueil pour sans-abri comme le XVe Corps. Ça nous permet de rencontrer des gens différents avec des problématiques différentes. C’est intéressant également d’être confronté au travail des confrères. Vous pensez apporter la seule solution et vous vous apercevez qu’il y a quatre ou cinq réponses possibles, et toutes aussi valables.


Dans tous vos projets il y a une signature contemporaine ?
Oui, toujours. Je n’ai pas d’autre écriture et je ne sais pas faire de pastiche. Et, effectivement, le concours permet ce que n’offre pas forcément un promoteur privé, qui aura peut-être envie de ce qui se vend. Et ce qui se vend, c’est ce que veut tout le monde… Dans le public, on peut aller plus loin. C’est un véritable laboratoire. Mise à part le confort de l’usager et celui du gestionnaire, nous sommes libres de nous exprimer comme nous le souhaitons. Derrière, il n’y a pas d’enjeu, pas de vente, pas de retour « client ». Il y a donc des projets très intéressants qui sortent, comme celui de Marc Barani, Grand Prix national d’architecture 2013, à l’Ariane, un programme de 80 logements sociaux. Cela peut d’ailleurs changer l’image de certains quartiers et la vie de leurs habitants.


Un rôle social en somme…
Oui, ça, j’y crois vraiment ! Il faut que ça fonctionne comme cela. Aujourd’hui, on démolit ce qui a été fait il y a des années, avec des erreurs. Mais cela n’empêche pas que l’on en fasse d’autres, car ce n’est pas une science exacte. Quoi qu’il en soit, l’architecture permet de créer du lien social et c’est comme cela qu’il faut que nous réfléchissions les projets afin que tout le monde puisse en bénéficier. Je viens de livrer des logements sociaux boulevard Paul-Montel, face aux quartiers des Moulins, à Nice. Nous avons travaillé sur de jolis volumes et de belles surfaces. L’immeuble est surélevé pour dégager les logements du boulevard et leur offrir plus de clarté. Presque tous les appartements sont traversants et bénéficient de larges terrasses équipées de coins privatifs cachés par des brise-soleil. Cela permet, par exemple, de pouvoir étendre du linge sans trop dénaturer la façade et donc ne pas polluer l’image publique des logements. Bref, nous avons tout fait pour offrir aux habitants une architecture bien pensée et de qualité. Quand j’y suis retourné une fois les habitants installés, le gardien m’a dit : « Oh, qu’est-ce qu’on est bien ici ! » C’est une très grande récompense pour moi.


Et pour le Centre d'accueil de jour du XVe Corps, qui a reçu le Prix Spécial ArchiCOTE ?
Ce centre d’accueil pour personnes sans abri met à disposition des douches, des collations, et un service de lavage et de séchage du linge. Il permet de prouver qu’il n’y a pas d’architecture à deux vitesses. D’autant plus que pour ce projet est destiné à des personnes en souffrance et à un personnel qui a une vie difficile. On leur doit de la dignité et du confort. C’est ça aussi la mission d’un architecte.