Portraits

 

 

 
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Mathilde Oscar

  • Histoires de femmes

12.2018

« Je suis de cette génération qui tient à ses objets. »

 Ma mère rêvait de devenir artiste peintre, elle ne m’a donc pas mis de bâtons dans les roues ! », confie Mathilde Oscar, née à Paris en 1980. Esprit nomade, elle a étudié l’histoire de l’art, la déco murale, le graphisme, avant de monter son studio photo* à Cannes, où elle réalise des portraits Fine Art, et d’être repérée par YellowKorner, qui expose désormais à travers le monde sa Laitière 2.0., versant son doux breuvage tout en téléphonant sur son mobile. Un clin d’œil à Vermeer et surtout à la femme, placée ainsi hors du temps. L’aventure artistique de Mathilde commence dès l’enfance, en autodidacte. Une fois entrée dans la vie adulte, la brune à l’indépendance tenace se fait voler six toiles grand format en plein déménagement. Une mésaventure qui la ronge, mettant un violent coup d’arrêt à sa créativité jusqu’en 2012, date à laquelle elle s’élance à nouveau, cette fois dans la photo en tirages limités et numérotés. Et de la peinture aux instantanés, il n’y a parfois qu’un pas. « Ce que j’aime avant tout, c’est créer toute la mise en scène qui fait naître un tableau, avant de le prendre en photo », s’enthousiasme cette minutieuse, qui fabrique de ses mains tous les costumes qu’elle immortalise et chine nombre d’objets anciens pour ses décors. « Je suis de cette génération qui tient à ses objets. Chaque détail est pensé en amont, je retouche du coup très peu l’image ensuite. » Perfectionniste, méthodique, elle l’est à 100 % dans son œuvre et cultive à l’inverse la simplicité dans son quotidien. Un brin nos­tal­gique, adepte du kitsch, sa pop culture se nourrit de références à la Renaissance, au Baroque, à la peinture classique. Dans le répertoire de Mathilde, on croise ainsi des sorcières, des garçonnes et Frida Kahlo, son icône, qu’elle s’est fait tatouer sur le corps. Au-delà de l’esthétique, sa dernière série est une boîte à messages, engagés. Baptisée Les Mondes insensés, elle nous embarque dans la vie de La Bouchère vegan ou encore de La Vierge impure. Un monde féminin de paradoxes, assumés, tout en oxymores, à explorer chez
Tino Studio à Cannes et à la Galerie Sauvage à Nice. * www.tiny-studio.fr

Par Tanja Stojanov / Photo Jean_Michel Sordello