Portraits

 

 

 
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Jacques Chibois

  • La force tranquille

12.2017

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Signant parmi les plus brillantes pages de la gastronomie azuréenne – au Gray d’Albion dans les années 80, puis à la tête de sa propre maison depuis 1996 – Jacques Chibois est de ces hommes qui n’ont pas besoin de parler fort pour se faire entendre. Comme dans une maison de famille, il nous accueille tout sourire à sa table. Avec la discrétion qui le caractérise, il revient sur les 20 ans de la Bastide Saint Antoine. LE projet de sa vie. « Quand j’étais petit, dans le Limousin, nous recevions à Noël « l’envoi de Nice », un petit cageot de clémentines. J’en ai gardé un souvenir délicieusement exotique. Pour moi, la Côte d’Azur avait un parfum de Provence ! » En quête de cette image d’Épinal, il quitte les fastes de la Croisette dans le milieu des années 90 pour réaliser son rêve : devenir propriétaire d’un Relais & Châteaux. « Je voulais sortir du schéma hôtelier traditionnel. En amoureux de la Provence, la Bastide s’imposait à moi. » Vingt ans plus tard, l’endroit, plus authentique que jamais, n’a pas pris une ride. Avec son épouse Odette, il vient d’acquérir la propriété attenante dans l’idée de faire un hameau de charme. Et de répondre lorsqu’on lui parle des vingt prochaines années : « La retraite ? Rien que le mot me déprime. Une fois que l’on sort du circuit, seuls les rhumatismes sont là pour vous rappeler que vous êtes vivant ! » Puis de renchérir, avec l’humilité qu’on lui connaît : « J’ai décidé de m’entourer de jeunes. Pour garder mon enthousiasme, mais aussi pour transmettre mon savoir. Il faut savoir redonner ce que la vie nous a apporté. » Tel un maestro, il dirige sa nouvelle équipe avec laquelle il compte bien récupérer sa deuxième étoile. « Les jeunes apportent un nouveau souffle à La Bastide. Même si la perte de cette étoile a été vécue comme une injustice*, nous mettrons du cœur à l’ouvrage pour la reconquérir. Pour ma part, j’ai déjà eu toutes les reconnaissances des guides et des médias. Je veux que cette récompense soit aussi celle de mon second, Laurent Barberot. »

 

* Quelques années auparavant, le Michelin lui prédisait pourtant une 3e étoile (NDLR).

 

Par Marjorie Modi

Photo Jean-Michel Sordello